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"Constellation de la Lyre", VIII Festival mondial de la poésie "La lyre émigrée" (Bruxelles-Liège-Paris, 13-18 août 2016).

"Constellation de la Lyre", VIII Festival mondial de la poésie "La lyre émigrée" (Bruxelles-Liège-Paris, 13-18 août 2016).

Trois poèmes de Rio Di Maria ont été publiés dans la Constellation de la Lyre, à l’occasion du VIII Festival mondial de la poésie "La lyre émigrée" (Bruxelles – Liège – Paris) organisé du 13 au 18 août 2016, avec une traduction en russe de Valery Dvoinikov, alias Georges Yréval.

Ces trois poèmes s’intitulent : Voyager barbelés aux lèvres, Rackets du temps et Printemps percé d’immensité.

Voyager barbelés aux lèvres nous intime d’oser regarder sans baisser les yeux une réalité poignante, contemporaine hélas, celle de l’exil des migrants, leur statut d’apatride où qu’ils soient, la souffrance de n’être plus que de nulle part, dans un No Man’s Land orchestré par des vautours, observé au détriment des droits de l’homme par des inerties politiques ou volontairement ignoré par des regards qui ne veulent pas voir.

Texte vibrant d’échos clairs troublés touchant les mots à leurs cris étouffés, comme une envie de survivre quelque part se débat (« quand la vie défend l’émasculation de toute survivance »), le droit à la liberté d’exister, pourquoi pas une joie de vivre requise malgré tout, que des mercenaires d’inhumanité dénigrent, noient sans état d’âme ni raison dans un bain de sang, impasse fatale, où fuir pour survivre fait mourir au passage moyennant de l’argent sale, où « Barbarie et bombes développent déserts de décombres. » Comme une envie de vivre sans les barreaux de la barbarie résiste ici dans le poème, au-delà des massacres imposés sur notre réalité, colombe poignardée, au-delà de l’Horreur d’où notre mal-être - terrorisé, bouche bée, si empêché qu’il tord ses lèvres de révolte enragée, lèvres enragées de silence, - saigne de ne pouvoir plus libérer la parole mais, cependant, coûte que coûte, à tout prix au plus près de la vie elle sans prix, mais mise à prix, mord les barbelés érigés sur le seuil ensanglanté de sa bouche, sur le seuil de nos dits, de ce qu’il nous reste d’espoir, de notre effroi de silence imprescriptible à dire, pour hurler plus fort et plus loin que la terreur, cette injure faite au droit de vivre, au devenir humain trop inhumain d’une humanité dépossédée de son territoire. Texte percutant et touchant sur la sordide actualité présente, à l’œuvre depuis quelques années déjà, « humanité à genoux ». Le poème résiste, lève une morte-vivante (notre réalité, la réalité) et nous somme de la voir (« Comme un ouragan emportant tous les seuils », écrit Rio Di Maria dans cette traversée terrible où Voyager barbelés aux lèvres nous parle d’un voyage en péril, celui de la vie, du droit de survivre, de la liberté de vivre, d’être et de pouvoir vivre quelque part -« Comme un ouragan emportant tous les seuils / faim et armes gouvernent l’instant / Barbarie et bombes développent déserts de décombres »…

Voyager barbelés aux lèvres, chemin sans destination d’exilés à vie, sans pays sans nom, « devenir désormais monstre sans identité / qui sait comment se divertit l’absurde », « pour tenter traverser frontières d’autres langages », « Fuir vérités qui somment intégrales soumission » -ici le langage par mimétisme dit la voix de ces migrants enfuis à la hâte, tentant de « s’accaparer de l’essentiel au rythme de la dernière hâte », pour qui « le pan de terre se dérobe sous souliers sans boussole ». « Quel pays sans ivresse », interroge le poète, « ouvrira ses territoires d’ouate / à tout fugitif écœuré de promesses ? »… Chaque vers, chaque distique ou tercet résonne en plein cœur de notre actu-alité(e), dans notre cœur-minute non révolu, non vaincu cependant, palpitant à chaque combat, non résolu de se laisser évaporer ni les réseaux de son sang, par cette volonté, à tout prix, coûte que coûte, de survivre, notre cœur insoumis (« Fuir vérités qui somment intégrales soumissions / Échapper aux permissions du doute / quand la vie défend l’émasculation de toute survivance ») à céder à la peur panique dont on voudrait bien l’enivrer, à cette barbarie face à laquelle « toute regard baisse les yeux / innocence de l’humanité à genoux ».

« La nuit la plus noire ouvre ses abîmes

pour billets en aller simple »

-nuit errante des migrants. Face à tant de noirceur, le poème soulève la soupape de notre cœur-minute étouffé de cris, libéré par le cri de la parole. De la parole du poème. Toute poésie délivre un message d’humanité. Ainsi de ces textes de Rio Di Maria publiés dans la Constellation de la Lyre.

« Demain est une révolution

si j’y suis tu anticipes »,

lance en dernier message le poète.

3 poèmes de Rio Di Maria sont publiés dans la "Constellation de la Lyre" : Un grand merci à Alexandre Melnik pour la publication et organisation de la soirée et Merci aussi à l'Ami Valery Dvoinikov = Georges Yréval pour la traduction en russe de mes textes et tous les autres !!

VOYAGER BARBELÉS AUX LEVRES

Comme un ouragan emportant tous les seuils
faim et armes gouvernent l’instant
Barbarie et bombes développent déserts de décombres

S’accaparer de l’essentiel au rythme de la dernière hâte
Le pan de terre se dérobe sous souliers sans boussole
Fuir vérités qui somment intégrales soumissions
Échapper aux permissions du doute
quand la vie défend l’émasculation de toute survivance

Devenir désormais monstre sans identité
qui sait comment se divertit l’absurde

Voyager barbelés aux lèvres
pour tenter traverser frontières d’autres langages

Quel pays sans ivresse
ouvrira ses territoires d’ouate
à tout fugitif écœuré de promesses ?

Plus d’arc-en-ciel annonciateur de nouvelles voyelles
aux murs impavides qui murmurent fenêtres ouvertes
l’ultime écho du glas qu’on sonne

La nuit la plus noire ouvre ses abîmes
pour billets en aller simple

Tout regard baisse les yeux
innocence de l’humanité à genoux

Demain est une révolution
si j’y suis tu anticipes

Rio Di Maria

RACKETS DU TEMPS

J’ai appris à lire
entre machine à coudre lettres interdites
et enclume résistant à tous les coups
de promesses abritées dans la déchirure des lèvres
des livres jamais lus

Le temps appris à la maternelle
n’est qu’imparfaite imposture
injure d’un passé décomposé
que le futur apprivoise et recompose

Si l’espace n’est pas ma terre
le temps ne m’appartient plus

Endormir les dévastations de chants d’oiseaux

Oublier les fabulations des cahiers endormis
au dortoir de la plus haute enfance

La découverte de l’oubli
empoisonne la mémoire des jouets
enlisés dans le grenier sans escalier

Les révélations de la plume
éloignent les bleus aux genoux

Les blancs des bancs de banquises
révolutionnent la ponctuation de l’algèbre de l’univers
qui hoquette entre constellations en métamorphoses
et rackets de temps perdu

Rio Di Maria

PRINTEMPS PERCÉ D’IMMENSITÉ

Parler de l’œil sauvage
tout est là au rythme des explosions

Densité totale des premières formules
organise lettres inconnues
bribes d’alphabets
éprouve dérèglements des chiffres

La parole est encore un infini de silence
que la main trace dans le nouveau labyrinthe

Grottes à étoiles et pollen de glaïeuls
éclaboussent un printemps percé d’immensité

Tout perdre
à vouloir gagner
premier mouvement de langue
dans le palais par nudité de désert

Voyelles de quelle douleur
doigts de tout désordre
le souffle confus abrège l’horizon

Talismans de taffetas
gris-gris de fougères
ornent le corps épuisé de lumière

Venus des arbres errants
ils mordent la poussière
et statuent le sol d’énigmes

fermer l’œil une seule éternité
et tout s’efface brins de grains

La nuit n’est pas encore la femme à venir

Rio Di Maria

Le texte extrait de Rackets du temps et porte le titre éponyme d’un recueil de Rio Di Maria paru aux éditions L’Arbre à paroles en 2014, retentit, quant à lui, de souvenirs d’un lyrisme révolu, mais survivant, relié à l’enfance. Non jetée dans l’oubli. L’enfance, d’ailleurs -à son cœur ou non défendant- est-elle jamais jetable ?

Temps passé / décomposé que le présent apprivoise, que notre futur recompose en ouvrant, par interstices et séquences de temps libre partiel, quelques tiroirs à ouvrir de nouveau, demeurés parfois inédits.

« Le temps appris à la maternelle

n’est qu’imparfaite imposture

injure d’un passé décomposé

que le futur apprivoise et recompose »

Puis ouvrir les tiroirs de l’oubli. « Oublier les fabulations des cahiers endormis / au dortoir de la plus haute enfance ». Oublier pour célébrer à nouveau, de l’enfance haute et extrême comme l’oiseau, le chant des possibles, le chant des fenêtres entrouvertes, la grange aux loups et le grenier des jouets. Même si l’on n’est de nulle part, éternel inconsolable exilé : « Si l’espace n’est pas ma terre », écrit Rio Di Maria, « le temps ne m’appartient plus ». Même si « la découverte de l’oubli / empoisonne la mémoire des jouets / enlisés dans le grenier sans escalier ».

Les livres, l’écriture signent un nouvel envol,

« Les révélations de la plume

éloignent les bleus aux genoux

Les blancs des bancs de banquises

révolutionnent la ponctuation de l’algèbre de l’univers

qui hoquette entre constellations en métamorphoses

et rackets de temps perdu »

*

Puis, Printemps percé d’immensité, troisième poème de Rio Di Maria publié dans cette Constellation de la Lyre, interpelle d’entrée par la musicalité graphique, la puissance évocatrice et poétique, de son titre.

Printemps percé d’immensité, éclaboussé de « grottes à étoiles et pollens de glaïeuls » -comme un printemps qui serait perce-neige dans la gerçure des corps et de la terre, des lèvres, des promesses de livres non encore lus, entre congères prêtes de frémir et fondre de se voir fracasser les derniers cristaux d’étoile au cœur du règne hivernal par des soleils refaits à neuf du sang, et les lèvres de l’eau et des mots ouvertes à l’éclosion et aux inflorescences –« premières formules »-, prêtes de s’ouvrir à nous voir trembler de tant frémir, corps aux iris déchiquetés du regard –« œil sauvage »- cognés contre la poitrine du souffle printanier dans le poing rassemblé de nos sources.

Printemps de la joie libérée de nos espoirs trop longtemps rentrés, crispés de n’avoir pu vouloir / oser vivre. Apprendre le texte du monde, en découvrir l’alphabet printanier, « percé d’immensité », et entrer dans la parole d’un nouveau monde, dédale, « nouveau labyrinthe » pour nos mains aveuglent qui le tracent. Ou le tentent.

Dans ce texte se reçoivent la lumière des appels (des « premières formules », « bribes d’alphabets », tracés sur les premiers frissons à fleur de peau du monde, comme vertige des premiers baisers), et la densité d’une irisation où le réel tremble de miroiter, condensé, se rassemble en l’accueil pour nous émouvoir, « au rythme des explosions », dans des fractales d’ « œil sauvage ».

Printemps percé que l’on porterait à l’oreille pour en écouter les vagues de parole, les ondes de sable, « un infini de silence », « premier mouvement de langue / dans le palais par nudité de désert ». Printemps d’éternité où tout renaît de s’être éteint, d’un clin de paupière, où « tout s’efface brins de grains », dans un clignotement d’œil « percé d’immensité ». Une synesthésie cosmique et corporelle dessine un horizon, libéré du souffle confus qui l’abrègerait.

Ce texte comme une formule incantatoire fait renaître du printemps même des soleils glacés éclatant de leur gangue de source bleue, pour contenir / retenir / mieux dire le monde. La pulpe des mots délivre « le corps épuisé de lumière », libérant de la parole des « talismans de taffetas / (des) gris-gris de fougères », ouvrant de nouveaux dédales dans le labyrinthe immense de nos univers, nous délivrant nous-mêmes d’une cécité …

… « fermer l’œil une seule éternité

et tout s’efface brins de grains

La nuit n’est pas encore la femme à venir »

© Murielle COMPÈRE-DEMARCY, 16-17 août 2016.

Tag(s) : #Rio Di Maria

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