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Extrait de Le spectre de Thomas Bernhard de Cyril Huot, aux éditions Tinbad ; 2016

​"Monologue sans fin, c'est-à-dire "onanisme du désespoir", encore une expression de T.B., mais nous préférons dire "masturbation sans fin du désespoir", histoire de modérer un peu le mot trop pompeux de désespoir, quand il n'en reste pas moins vrai que tout a toujours été pour nous matière à ruminer sans fin nos pensées en même temps que tout a toujours été pour nous matière à ruminer sans fin notre désespoir, tout nous a toujours donné à penser et tout nous a toujours donné à désespérer de tout, toujours, de tout temps, j'avais dit à Herman, quand pour avoir toujours été sans même y penser une machine à désespérer, quand tout  dans le monde a toujours été matière à alimenter notre machine à penser en même temps que matière à alimenter notre machine à désespérer, ainsi en avait-il été quand (...)

(...) nous avions découvert notre incompatibilité totale avec ce troupeau qui ne se confond en aucune façon avec cette entité abstraite qu'on appelle le peuple, qui n'en a en aucune façon la supposée noblesse, mais se confond avec cette espèce animale qui prétend s'être affranchie de ses bien naïves idolâtries du passé quand elle est désormais tout entière dévotement dévouée à l'auto-idolâtrie, tout entière vouée à célébrer sans honte, sans pudeur, son propre culte, tout entière dévotement vouée au culte obscène de l'espèce humaine élevée au rang d' intouchable divinité des temps modernes, l'espèce humaine qui, non content de s'adorer elle-même cultive plus que jamais la plus vieille de toutes les idolâtries et se confond avec cette société d'adorateurs du Veau d'Or et de jouisseurs avides qui n'aspirent qu'à la satisfaction de leurs appétits, à la consommation sans frein de biens matériels et ont pour ennemi tout homme qui se refuse à bêler avec eux à l'unisson, ainsi en avait-il été quand nous avions découvert qu'on ne pouvait pas vivre dans la compagnie de ces hommes qui prétendent se constituer en une société dite civilisée mais ne se constituent jamais qu'en troupeaux qui fonctionnent sur le mode le plus primitif, ainsi en avait-il été quand nous avions découvert qu'il nous fallait de toute urgence fuir à jamais leur compagnie, et ainsi en avait-il été quand nous avions découvert les élus du troupeau, les chefs de clan, de horde, de meute, qui ont toujours eu pour ennemi tout individu qui prétend exister en tant que tel et pour lesquels l'ennemi public numéro Un sera toujours l'individu, mais aussi quand nous avions découvert les prétendus grands artistes, grands écrivains, grands penseurs de notre temps, et que nous avions découvert qu'ils étaient non moins assoiffés de célébrité, d'honneurs, de jouissance, de pouvoir et d'argent que les hommes du troupeau, qu'ils adhéraient le plus souvent aveuglément à ces mêmes "passions tristes", comme les appelle si justement Spinoza, ces bien tristes, ces bien pitoyables passions en effet, et ainsi en avait-il été quand nous avions découvert que nous ne pouvions aimer et admirer sans réserve que certains des artistes, des écrivains, des penseurs, déjà morts et enterrés, mais toute leur vie ennemis jurés, ennemis déclarés de ces tristes passions, que nous ne pouvions vivre qu'en leur seule et unique compagnie, que nous ne pouvions parler qu'avec eux, avec eux seuls, t ainsi en avait-il encore été quand, en dépit de tout ce que savions pourtant déjà, nous nous étions jeté à corps perdu dans toutes les utopies, quand nous avions milité pour toutes les idées folles, que nous avions exploré toutes les religions et toutes les philosophies, et que nous avions découvert que pas une de ces utopies, pas une de ces religions, pas une de ces philosophies, ne résistait à l'épreuve du réel et, pire que tout, quand nous avions découvert que nous-même ne résistions pas à l'épreuve de ces utopies et de ces religions et de ces philosophies, ainsi avions-nous été au désespoir quant à tout cela et quant à nous-même, ainsi, aussi loin que nous remontions dans nos souvenirs, avions-nous de tout temps été dans le désespoir et ainsi ne faisions-nous depuis lors que ruminer sans fin ce désespoir fait de tous nos désespoirs qui est un mot trop pompeux que nous préféreons tempérer en usant de l'expression "onanisme du désespoir", expression qui est celle de T.B., ou plutôt, en usant de l'expression "masturbation sans fin du désespoir" qui, selon nous, convient mieux à un monde dont la vulgarité est au premier rang de toutes ces choses qui ont toujours fait notre désespoir, un monde qui n'a jamais cessé de faire de nous une machine à désespérer, une machine à remâcher sans fin notre désespoir, une machine é sécréter du désespoir, une machine à éjaculer du désespoir."

Extrait de "chants dans le labyrinthe" d'Henri Michaux. Philippe Claudel a mis de la musique là-dessus...

 

Les idées, comme des boucs étaient dressées les unes contre les autres.

 La haine prenait une allure sanitaire.

 La vieillesse faisait rire et l'enfant fut poussé à mordre.

 Le monde était tout drapeau.

 

Il y avait eu autrefois des hommes prenant leur temps, brûlant paisiblement des bûches de bois dans de vieilles cheminées, lisant des romans délicieux où ce sont les autres qui souffrent.

 Ces temps n'étaient plus.

 Les fauteuils, en ce siècle, brûlèrent et le contentement barbelé des riches de ce monde ne se défendait plus.

 

Il fit froid pour tous cette année.

 Ce fut le premier hiver total.

 

L'espoir sourdait vaille que vaille.

 Mais l'événement s'en foutant, comme une brute qui arrache pansement et chair et drain à la fois, il fallait recommencer à souffrir sans espoir.

 

De distance en distance apparaissait une lueur, mais la vague de fond qui emporterait le tout ne se levait toujours pas.

 

Des peuples, les uns gagnaient, les autres crevaient, mais tous restaient emmêlés dans une misère qui faisait le tour de la

 Terre.

 

La race de la

 Sagesse ne fut pas épargnée.

 

Prise au dépourvu, elle lutta année après année, sa patience millénaire soumise à un test extra-sévère.

 

Le peuple prédestiné, lui aussi, et le premier, pâtit.

 On lui enleva jusqu'à sa chemise.

 L'on se rit de lui, et se retournant, on l'accusait de l'origine des malheurs.

 

Au peuple des

 Temples parfaits, il lui fut pris jusqu'à ses olives.

 

Les têtes étaient farcies de foutaises.

 

Comme la mer ne se fatigue pas de heurter le rivage d'inutiles vagues, ainsi cette grande lutte poussait toujours en avant de nouveaux rangs.

 

Avances trépidantes qui n'avançaient à rien, retraites éberluées qui finissaient devant le vide.

 

Jamais on ne vit autant de coups d'épée dans l'eau.

 

Les rênes de l'humanité flottaient au hasard, mais pourtant, mais partout, sous des visages divers, le

 Père, le chef, lorsque sa vie autoritaire, comme une rame, s'enfonce dans sa famille qui se tait.

 

(Source : page fb de Nashtir Togitichi, le 5 mars 2016)


"CRÉER

 Verbe transitif

  Gestuelle pour la prolongation d'une vie."

 

Jean-Claude Goiri*

 

*Dirige la Revue FPM (Festival Permanent des Mots). Permanent, si !

novembre pressenti

de poix et de bitume

embaume ces lieux saints

recueillis

 

dans ces fleurs et ces gestes

presque automatiques

/ automatisés aux effluves de cire

 

la vie a stoppé son processus

ses micro-organismes

dans mon micro- cœur /

alité 

 

 

tandis que Palmyre brûle

tandis que Palmyre

 

 

Mummy is dead Mummy is dead

dans les grottes de l'esprit pendent

les bandelettes d'une mémoire /

calcinée

 

l'humanité n'a plus d'âge plus

de trace, sa mort

l'âge absolu est é-

/ coulé

 

dans la matière organique de sa mémoire /

putréfiée

infectée

infestée

 

 

de rats aux rites sacré

du /

terrorisme

 

© Murielle Compère-Demarcy

« Bien séparer le blanc du jaune, bien doser le sucre. Tu ne diras pas pourquoi tu as pleuré. Un peu de caramel cristallise au fond de la casserole. Ce qui fracture le cœur de l’enfance n’a pas d’odeur. »

 « Tu sors, tu traverses le déluge. Tu trouves de brins de joie là où les éléments déchainés libèrent leurs tourments. »

 « D’une écorchure fuse l’imbrication exacte du mot avec la langue. »

 « La protection paternelle quotidienne, voilà ce que tu mets en joue dans les nervures du présent. »

 « Dans la pulpe du fruit que tu mords, dans l’acceptation de ta chair jusque dans son usure, tu trouves partout une exaltation de matière. »

 « Peur que tout s'arrête d'un coup, sans avoir le temps de baillonner le tic-tac de la pendule pour dire "Je t'aime". »

Extraits de "Marche lente" de Jean Azarel (Ed. Samizdat)

Ecriture

Artaud ou « la machine de l’être à regarder de traviole » Quel fut / quel est le style d’Antonin Artaud ? Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 03 Juin 2015. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED  

 

Son style n’est pas : – Tric Trac du Ciel, recueil de poèmes édité en mai 1923 c/o Kahnweiler éditeur. Ce « petit livre de vers en effet ne me représente en aucune façon », écrit Artaud en 1946. Ne le représente pas effectivement parce que ces vers « ont un petit air désuet d’une littérature à la (…), farces d’un style qui n’en est pas un » – un style « comme celui d’un dandy qui ferait glacer ses manchettes, n’ayant plus pour col de chemise que le tronc d’un guillotiné ». Autrement dit le style d’un écrivain (écri-vain ?) qui de façon imagée n’aurait plus sa tête – puisque « guillotiné », non pas « décapité » mais « guillotiné » c’est-à-dire dont on a coupé la tête / la liberté d’esprit – au sens figuré un écri-vain qui n’aurait plus la pleine possession de son esprit. Lire la suite Site de la Cause Littéraire---

Je de l'Ego, Vincent Motard-Avargues

Je de l'Ego, Vincent Motard-Avargues

toutes ces heures

à courir après

minutes creuses

 

tous ces heurts

 à attraper

 coups de lune folle

 

Vincent Motard-Avargues in Je de l'Ego.

 

Posté par Murielle Compère-Demarcy, le 1er mai 2015.

Extrait de:

Les Herbes Folles poussent bien parmi celles qui ne le sont pas.

Jean-Claude GOIRI

"Quand je suis tout seul, je me parle un peu et je sais qu’il y a toujours quelqu’un pour m’entendre. Derrière un mur, il y a toujours une oreille à l’affut : la voisine du dessous, le voisin d’à côté ou la famille du dessus. Quand je parle tout seul, je parle de tout ce qui peut m’intéresser. Je me pose des questions et je réponds tout de suite. Parfois je cherche longtemps pour me poser une question, mais je sais attendre je suis vraiment patient. Quand je me vois chercher je pense à autre chose, ou alors je m’occupe en bricolant un peu. Et quand j’ai la question il faut que je m’appelle, quand je suis très loin je peux même crier. Alors j’accours et j’avance sur le champ quelques idées comme ça pour répondre quelque chose. Si je ne suis pas content de mes nouveaux arguments, je me fâche un peu et pose quelques questions. Qu’est-ce que tu bricolais pendant que je pensais ? A quoi tu rêvais pendant que je bricolais ? Il faudra vraiment que je fasse tout à ta place ? Si nous perdons du temps comment tu veux qu’il passe ? Tu ne l’as pas trouvé pendant que tu rêvais ? Tu crois vraiment qu’on peut continuer comme ça ? Ça ne te ferait pas du bien de sortir un peu? Et quand je suis dehors c’est toujours pareil, ça continue à parler car je ne sais jamais si je suis vraiment complètement sorti. Il y a bien toute cette foule, mais elle court à oreilles rabattues et n’en laisse jamais traîner une pour m’entendre un peu. "

posté par Murielle Compère-Demarcy, le 1er avril 2015

Tag(s) : #Le Texte du jour

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