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Jacques Darras

Jacques Darras

Le poète-essayiste Jacques Darras.

Le poète-essayiste Jacques Darras.

"Non, les grandes oeuvres ne procèdent pas du manque.

 Affirmations de force, c'est parce qu'elles sont issues d'un sentiment profond de plénitude    qu'elles  créent de la vie, fécondent autour d'elles chacun des imaginaires venus s'y abreuver. Ainsi, dans nos temps un peu tristes, de rétrécissement de soi-même et de malheur d'exister, l'oeuvre de Jacques Darras, portante et emportante, fluente et confluente, ne participe pas du grand Choeur affligé des impuissances dites et redites des mots, de l'art et de la parole. Elle tient, tout au contraire, de ces fermetés entraînantes, de ces belles curiosités nourricières qui, embarquées dans des explorations hardies, revivifient le lecteur, lui redonnant plaisir et joie de partager des énergies nouvelles et de voir s'élargir devant elles, le monde à habiter."

Préface de Georges Guillain, "Dynamiques de la poésie" dans l'anthologie personnelle (1988-2012) de Jacques Darras, L'indiscipline de l'eau, dans le cadre du cinquentenaire de la collection Poésie/Gallimard. Nrf, Poésie/Gallimard, 2016.

Jacques Darras

Jacques Darras

Jacques Darras, un poète baroque de l'épopée au XXIème siècle
Jacques Darras, un poète baroque de l'épopée au XXIème siècle

Apologie du poète Jacques DARRAS

 

J’ai découvert l’écriture de Jacques Darras comme un lever de rideau, dans une dynamique révélatrice et révélée de la poésie, que j’ai cru longtemps inexistante. Il manquait pour moi une vivacité dans la diffusion et la réception des textes de création poétique jusque-là lus et entendus parfois, due à une sorte de carence d’énergie dans sa promotion et, plus dommageable, dans le flux expressif de sa communication.

Écouter la première fois, Jacques Darras lire du Jacques Darras, m’a révélé à la fois un poète de l’épopée, baroque, à l’œuvre en plein cœur même de notre XXIe siècle (à l’exercice naturel bien que travaillé d’un style singulier et vivant, pointant son optimisme pugnace et inné en direction et à la face de notre époque hélas engluée dans une « crise humanitaire »), et la fluence et la confluence d’une écriture du départ, du matin –des départs énergiques dans le sens de la terre et des fleuves.

L’indiscipline de l’eau, anthologie personnelle de Jacques Darras éditée pour célébrer, entre autres numéros, le cinquantenaire de la collection Poésie/Gallimard, livre et nous porte dans ce flux d’une énergie de source vive et d’embouchure féconde, plurielle en ses affluents, d’une indiscipline contrôlée où le rythme en son univers épique, l’afflux et le flux des mots, du verbe qui s’écrit et se dit dans une effervescence sonore limpide et de frictions, de rythmes syncopés et battant la mesure, nous ouvrent l’espace/temps et nous ouvrent intransitivement.

« Je marche », écrit Jacques Darras, « je suis une forêt qui marche / j’ai des cris / j’ai l’univers entier dans mes feuilles / j’ouvre / j’ouvre /intransitivement / j’attends qu’on m’ouvre » (L’indiscipline de l’eau, anthologie personnelle, 1998-2012, Poésie/Gallimard ; décembre 2015)…

L’œuvre de Jacques Darras a été et reste pour moi une dense et salutaire / roborative découverte de l’efficacité, de la rapidité efficace et efficiente de la poésie, ici, maintenant.

L’œuvre en cours de Jacques Darras révèle la multiplicité des êtres qui cohabitent chez le poète-essayiste et dialoguent avec lui, par ailleurs auteur d’essais et de textes poétiques écrits comme des sortes de romans, se penchant sur les œuvres d’artistes d’altitude comme Brueghel (Pieter Brueghel croise Jean-Jacques Rousseau sur l’A1, Le Cri, Bruxelles, 2013), Van Eyck (que le poète met en scène dans un Poème Roman : Van Eyck et les rivières, dont la Maye (Le cri, Bruxelles ; 1996), de philosophes comme Blaise Pascal ou de romanciers (Joseph Conrad ou le Veilleur de l’Europe, Marval, Paris, 1992), de poètes comme Allen Ginsberg (Allen Ginsberg. La voix, le souffle, Jean-Michel Place ; 2005), tous d’envergure, sur des périodes de l’Histoire, de l’Histoire des mentalités et de la Littérature (Nous sommes tous des romantiques allemands ; De Dante à Whitman en passant par Iéna (Calmann-Lévy, 2002) étudiées et réécrites.

Sans compter les poètes dont Jacques Darras traduisit les œuvres, les Feuilles d’herbe de Walt Whitman par exemple. Une œuvre en cours dont l’envergure et la cohérence soudent cette multiplicité d’êtres cohabitant chez le poète, dans une dimension et une édification progressive, analytique et panoramique, de dimension humaniste, dessinant un paysage culturel brassant notre Histoire, brossant l’actualité, traversant les étendues de forêts et de fleuves réels ou créatifs traversés par le Temps, celui des hommes, ces hommes qui font l’Histoire, gens de peu ou d’exception, traversant l’espace-temps géographique / poétique. Le titre Progressive transformation du paysage français par la poésie (Le Cri, Bruxelles ; 1999) est éloquent à ce sujet. Ou encore celui-ci : Gracchus Babeuf et Jean Calvin font entrer la poésie avec l’Histoire dans la ville de Noyon (Le Cri, Bruxelles ;1999). On trouve dans l’œuvre de Jacques Darras une Histoire de la Littérature et une œuvre de notre Histoire (Je sors enfin du Bois de la Gruerie par exemple, publié en 2014 aux éd. Arfuyen), observées dans le flux qui construisit notre passé et le présent, et du point de vue d’un poète qui brasse la langue et en assemble des arpents pour mieux révéler la richesse, la pluralité, l’horizon d’une langue en construction d’elle-même, de son univers qu’elle ne cesse de bâtir en ses strates morphologiques, syntagmatiques et lexicales, en même temps que s’édifie le cours de son Humanité.

L’édification, les perspectives du vaste chantier que constitue l’Europe ne sont pas à ce propos oubliés, le poète-essayiste-dramaturge à ses heures, Jacques Darras, se considérant comme un démocrate « whitmanien » d’Europe et travaillant à une poésie d’ouverture aux autres traditions et au monde comme le furent la poésie d’Apollinaire, de Cendrars ou d’un Claudel. L’œuvre de Walt Whitman, l’univers d’un Coppens, la vision d’un Pascal -pour ne citer qu’eux- tracent chacune un prisme poétique au sens étymologique du « poïen » (« faire ») grec, où le regard de l’investigation savante et innovante, de la quête épistémologique et ontologique et de la création poétique projette sur notre passé, notre présent et l’avenir, les perspectives de notre Histoire, celle de l’Humanité et d’un imaginaire collectif. L’œuvre de Jacques Darras provient et propulse ses lecteurs dans cette dimension-là. Sans jamais procéder du manque.

© Murielle Compère-Demarcy, février 2016.

Jacques Darras : La Transfiguration d’Anvers

par : Joëlle Gardes

 

Ce recueil de sept textes propose, à travers sa diversité, et comme le dit son sous-titre, Certitudes magnétiques en poésie, une méditation sur la poésie mais d’une certaine façon, il s’agit aussi d’une autobiographie intellectuelle, où s’explique en particulier le goût de l’auteur pour la Belgique et le Nord, pour Bruxelles où se prépare « la société transfrontalière de demain », pour Anvers, où, une nuit de 31 décembre, la neige tombe et transfigure la ville. C’est à une transfiguration inverse que se livrait Descartes, qui fait l’objet de la première méditation, « René Descartes à la Onzième Heure », lorsqu’il découvre que la neige est faite de grains qui ont autour d’eux « six petites dents semblables à celles des routes des horloges ». Descartes est donc « notre seul vrai poète épique français », car « avec lui la raison fait fondre la neige de la réalité pour récolter les cristaux qui la font et la fondent ». Lorsque tout a fondu de la réalité, que reste-t-il dans l’esprit, sinon la vraie réalité, c’est-à-dire la pensée? Voilà bien une certitude, même si J. Darras corrige l’importance de la pensée par le poids attribué au corps, en une de ces formules saisissantes qui parcourent le recueil : « Nous pensons nous pesons ». Mais la pensée veille et Jacques Darras a bien raison d’affirmer qu’il ne réduira jamais la poésie à l’émotion. La Transfiguration d’Anvers, de la onzième à la douzième heure, c’est l’expérience unique de la Transformation et la conscience qu’elle « s’inscrit le plus souvent dans le langage », le langage poétique en particulier.

 

C’est ce langage qui, d’une façon ou d’une autre, fait l’objet des deux parties suivantes, L’interminable restauration du symbolisme, qui regroupe « Jouve après Jouve », « Le refoulé d’Apollinaire, , Walt Whitman », « Aimé Césaire, en toute autonomie », et Dans la clairière du temps, où sont regroupés « Oralité, Réalité », « Traduire les poèmes des hautes Terres » et « Réflexions sur un silex taillé ». La première déplore que la poésie actuelle se meuve encore dans un « cadre exclusivement symboliste » et que l’apport de Whitman n’ait pas été reconnu à sa juste valeur. J. Darras voit dans cette non reconnaissance, ou cette reconnaissance incomplète, le début de la « maladie de la mélancolie » où l’Europe s’enfonce. Quant aux pages sur Césaire, elles insistent sur l’originalité d’une poésie qui est aussi confession, attentive à sa « propre progression, à sa propre provenance », à la différence de celle de Char ou de Saint-John Perse. On peut signaler au passage que ce dernier reconnaissait l’importance de Whitman, qu’il avait en bonne place dans sa bibliothèque, conservant même des articles sur lui.

 

La dernière partie est plus théorique. Il est permis de ne pas toujours être d’accord avec J. Darras, en particulier pour l’importance qu’il accorde à l’oralité, ce qui constitue presque un topos des XXe et XXIe siècle, initié par les linguistes, Saussure et autres : « L’oralité a toujours été impliquée dans et par le poème » me paraît ainsi une formule excessive, qui minimise la dimension spatiale du texte et la fonction de l’écriture, laquelle a son autonomie. Poésie et chant, certes, mais aussi, sans même passer par les calligrammes ou autres, poésie et peinture. Il est vrai qu’oralité et écriture se réconcilient quand J. Darras écrit qu’il veut pratiquer le poème comme « un art frontalier ». Qui dit frontières dit aussi différences entre les langues et on reconnaîtra volontiers le rôle de la traduction ou au moins du travail avec une langue étrangère. Si « être poète, c’est s’exiler dans l’étrangeté première de la langue », la confrontation avec une autre langue, dans la distance qu’elle implique, permet de mieux saisir cette étrangeté, de même que, comme le dit encore J. Darras, la dimension énigmatique de toute poésie. Une constante se dégage de toutes ces méditations, résumée en une formule magnifique, « le poète est un danseur de langue ». À partir d’un silex taillé sur le bureau la boucle se ferme, avec un retour à Descartes, et à la réconciliation de la science et de la prosodie.

On l’aura compris, J. Darras aime se tenir physiquement sur les frontières, sur le bord de la Manche, ou entre la France et la Belgique, intellectuellement entre la science et la poésie, poétiquement entre sa langue et celle des autres : c’est le poète de l’outrance, si, avec Saint-John Perse, dont il parle souvent, « outrance » signifie simplement «passage outre ».

Lien :

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/jacques-darras-la-transfiguration-d’anvers/joëlle-gardes#sthash.dSc7B4aQ.6FtP0sEH.dpuf

Article publié dans Recours au poème

 

Réflexion personnelle initiée par cet article de Joëlle Gardes :

Je partage et propose cette question initiée par cet article pertinent de Joëlle Gardes sur "La Transfiguration d'Anvers" de Jacques Darras-question que je soumets à la réflexion : accorder comme le fait Jacques Darras (assertion en cohérence avec l'écriture, la tenue et la diffusion de l'oeuvre darrassienne) - accorder donc comme le fait J. Jacques Darras une implication large sinon nécessaire de l'oralité dans l'écriture du poème minimise-t-il forcément l'importance à accorder, à la dimension spatiale du texte et à la fonction de l'écriture mise en oeuvre dans celle du poème ?

Murielle Compère6demarcy

 

Jacques Darras à la bibliothèque municipale d'Achères (78), invité de Jean Perguet, 4 mars 2016.
Jacques Darras à la bibliothèque municipale d'Achères (78), invité de Jean Perguet, 4 mars 2016.
Jacques Darras à la bibliothèque municipale d'Achères (78), invité de Jean Perguet, 4 mars 2016.
Jacques Darras à la bibliothèque municipale d'Achères (78), invité de Jean Perguet, 4 mars 2016.

Jacques Darras à la bibliothèque municipale d'Achères (78), invité de Jean Perguet, 4 mars 2016.

Rencontre littéraire à la Bibliothèque

Jean Perguet reçoit Jacques Darras 04/02/2016

 

Le jeudi 4 février 2016 à 20h se déroulait, à la Bibliothèque Municipale d'Achères (78260), une rencontre littéraire avec le poète-essayiste Jacques Darras, animée par Jean Perguet. Lecteur de la bibliothèque et dirigeant dans la revue municipale (incertain regard) un journal des lecteurs, grand amateur de littérature, Jean Perguet nous invitait à réfléchir sur «L'indiscipline !» présente dans l'oeuvre de Jacques Darras, aussi bien dans la forme avec une oralité de l'écrit incontournable que dans l'indiscipline des idées brassées, -brassage fécond, fertilisant, pluriel mais d’entière cohérence.

D'entrée Jean Perguet entama la soirée avec une lecture d'un extrait de l'Anthologie personnelle de Jacques Darras : L'indiscipline de l'eau, parue dans l'intemporelle collection Poésie/Gallimard en 2016. Et pas n'importe quel extrait, en précisant avec un clin d'œil au texte qu'il s’apprêtait à lire, que « ce soir il (ne serait) pas interdit de parler au poème / disturb it ! » Achères, 04/02/2016

POSITION DU POEME

" il est assis il a les genoux pliés il voit le monde il voit des fleurs de trèfle blanches il voit un toit de tuiles rouges il voit un carré de ciel gris il ne voit pas le monde il est le monde à lui tout seul il peut changer de place il peut se lever il pourrait s'éloigner de sa table il irait dans la cuisine parmi les couteaux métalliques parmi les fourchettes acérées parmi les casseroles bouillantes il se couperait une tranche de monde il mordrait dans le monde à belles dents ici il voit le monde avec les doigts il compte le monde sur un clavier il écrit une partition la partition s'appelle le monde c'est une partition en sol mineur en ciel majeur en tuiles diésées en trèfle blanc en genoux pliés les touches du clavier sont noires ne touchez pas aux touches s'il vous plaît le poème est assis le poème est en train de s'écrire il est interdit de parler au poème do not disturb » (…)

Après cette lecture d’ouverture, Jean Perguet laissa la parole à Jacques Darras qui parla alors de ses présences à Achères, précisant les qualificatifs attribués jusque-là sa personnalité de poète : Yvon Le Men parlant de lui comme d'un poète-instituteur, un autre comme d'un poète en effervescence, un autre évoquant Jacques Darras comme le décatonien de la poésie... Mais comment Jacques Darras se qualifierait-il lui-même ? Jean Perguet développa l'objectif de cette rencontre : montrer comme et comment la poésie de Jacques Darras est à la fois dynamique et indisciplinée. Dans un premier temps il illustrerait son postulat en s'arrêtant sur une publication du poète-essayiste en hommage à la Picardie : Voyage dans la couleur verte : un parcours en Picardie, édité par le libraire Philippe Leleux des éditions du Labyrinthe (Amiens), en 2013. Un livre-récit-documentaire magnifique, rythmé par la prose singulière de J. Darras et les photographies de Chantal Delacroix prises au cours de déplacements multiples et divers de la photographe accompagné de Jean Perguet. Dans un deuxième moment la rencontre évoquerait Je sors enfin du Bois de la Gruerie, poème cursif/discursif publié par J. Darras en 2014, aux éditions Arfuyen. Enfin l'Anthologie personnelle 1988-2012 : L'indiscipline de l'eau, illustrerait un troisième point.

* Jacques Darras revint à ses présences à Achères, et parla d'une «métamorphose infinie à venir à Achères», en quelque sorte. Il s'expliqua : invité pour la première fois à Achères par Yvon Le Men, il allait fonder par la suite avec le poète breton « Les poétiques d’Achères », auxquelles Jacques Bonnaffé et Denis Lavant entre autres allaient participer. Ce 4 février 2016, c’est Jean Perguet qui le recevait et l’interviewerait, -une nouvelle métamorphose s’opèrant, puisqu’une nouvelle formule prenait place à Achères avec ces séquences d’entretiens avec des écrivains, innovées par Jean Perguet. Ce dernier, souligna Jacques Darras, ayant « une culture de lecture époustouflante », qualité rare donc, précieuse.

Dans un premier temps, Jacques Darras évoqua l’histoire de la publication de Voyage dans la couleur verte : un parcours en Picardie. Éclaira le contexte de la parution : d’abord un hommage à une des plus anciennes régions au passé très original (la Picardie), en passe d’être délaissée après à une réforme territoriale peu regardante vis-à-vis de ses richesses ; la volonté de mettre en évidence -textes de Jacques Darras et photographies de Chantal Delacroix à l’appui- ces richesses, « pour que la Picardie existe toujours, ne se fasse pas oublier. » Jacques Darras a un jour exhumé des textes anciens, laissés dans les tiroirs. De leur côté, Chantal Delacroix et Jean Perguet ont parcouru la Picardie, par monts et par vaux, « à pied, à cheval, et en bâteau à voiles »… De ces faits se fabriqua l’alchimie de ce livre. Jacques Darras exprima –et il a raison- sa conviction que « ce livre, Voyage dans la couleur verte : un parcours en Picardie, va tenir dans sa niche modeste » (la Picardie). Va tenir par sa qualité et sa teneur, dans la durée. Plusieurs extraits de Voyage dans la couleur verte : un parcours en Picardie furent ensuite lus, un extrait de l’Avant-Propos, le passage sur Jeanne d’Arc à Beaurevoir. Jacques Darras raconta au public l’histoire du passage de Jeanne d’Arc au château de Beaurevoir, son emprisonnement à Compiègne.

Dans un deuxième temps, vient l’évocation du livre Je sors enfin du Bois de la Gruerie, paru en 2014. Jean Perguet interviewa l’écrivain sur le contenu du livre, son histoire, sa résonance. Jacques Darras évoqua la mémoire de son grand-père paternel, Edouard Darras, effectuant par l’écriture de ce livre son « Winter Reise », son « Voyage en hiver » en rejoignant / retrouvant en quelque sorte son père en même temps que son grand-père paternel. D’où l’adverbe « enfin » dans le titre : Je sors enfin du Bois de la Gruerie , délimitant ainsi le champ de sa propre existence. Puis J. Darras nous éclaira sur ce nom de « Bois de la Gruerie » expliquant que le nom de « Gruerie » provenait du terme latin grodarius, signifiant le « gruyer » c’est-à-dire l’officier des forêts, le Bois de la Gruerie nommant le Bois tenu par des officiers des Eaux et Forêts. Puis Jacques Darras expliqua la genèse du livre, une commande au départ de l’Université de Strasbourg pour célébrer à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre la mémoire de Charles Péguy (mort en 1914), de W. Owen (mort en 1918) et d’Ernst Stadler (mort en 1914). Il s’agit donc là de la commande d’un texte par l’Université de Strasbourg, -texte devenu par la verve darrassienne un livre de 250 pages ! Beaucoup de poètes anglais, poursuivit J. Darras, sont morts en 1914. (J. Darras avait d’ailleurs réalisé dans le passé un mémoire à la Sorbonne sur les poètes anglais tombés en 1914). Les répercussions du livre jusqu’à nos jours furent soulignées, la Grande Guerre se révélant un grand cataclysme masqué par notre revendication alors d’en sortir victorieux, laissant les retombées néfastes d’un tel positionnement rendre possible le recommencement d’une telle Boucherie en 1939-1945. Puis Jean Perguet insista sur l’originalité de ce livre, sorte d’essai écrit comme un roman. Fenêtre également ouverte sur des découvertes pour le lecteur, en l’occurrence pour lui sur l’écriture de Pierre-Jean Jouve, auteur du poème contre le Grand Crime. S’ensuivit la lecture d’un extrait de ce poème, Jean Perguet soulignant la résonance particulière aujourd’hui encore de ce texte. Jacques Darras, après une présentation du grand poète français que fut Pierre-Jean Jouve, précisa avoir reçu l’autorisation de la fille du poète pour publier les textes de guerre de son père que ce dernier lui-même avait interdit à la publication, reproduisant ainsi le comportement de beaucoup d’autres à faire de la Guerre 14-18 « une guerre de silence ». Catherine Jouve, la fille du poète devenue psychanalyste, a toujours défendu la mémoire de son père. Pierre-Jean Jouve fut à ses débuts un poète symboliste dans la lignée mallarméenne, puis il fonda le groupe des Unanimistes, tous admiratifs de Walt Whitman. Jouve se révélait alors whitmanien dans son écriture. Réformé durant la Guerre, il décida alors de soigner les blessés, rencontra sa femme avec qui il partit s’installer en Suisse, puis fut publié par Romain Roland, rare français à s’être insurgé contre la Guerre (Posture aux antipodes de l’imposture surréaliste… cf. Mes remontrances aux fantômes André Breton et Louis Aragon, Je sors enfin du Bois de la Gruerie, I, p. 7-21). Renonçant par la suite à son écriture whitmanienne, suite à sa rencontre fulgurante avec Blanche Reverchon, Pierre-Jean Jouve devint ce poète intime, condensé sur lui-même, que l’on retrouve dans ses derniers écrits. Dans une troisième et dernière partie, fut évoquée L’Indiscipline de l’eau, anthologie personnelle de Jacques Darras, pour des textes de la période 1988-2012 . Heureux moment où Jacques Darras revint sur son travail d’écriture, insistant sur la cohérence de son œuvre malgré la dispersion apparente ou le déroulé parfois anachronique de son écriture (ainsi le chant IV de la Maye fut-il écrit avant le chant II). Revenant sur l’importance du travail, dans l’activité en flux continu de l’écriture. Revenant sur la rapidité, l’urgence intérieure , l’efficacité en cours dans son travail d’écriture. Sur son aspect comme visionnaire aussi, ayant par exemple condensé pas moins de 4000 pages pour ses 8 tomes sur la Maye en 200 pages (cf. La Maye I, In’hui/3 Cailloux, Amiens, 1988 ; La Maye II. Le Petit Affluent de la Maye, In’hui / Le Cri, Bruxelles, 1993 ; La Maye IV. Van Eyck et les rivières, dont la Maye. Poème roman, Le Cri, Bruxelles, 1996) ; La Maye III. L’embouchure de la Maye dans les vagues de la Manche, Le Cri, Bruxelles, 1999 ; La Maye V. Vous n’avez pas le vertige ? Poème en altitude avec une rivière et des chamois, L’Arbalète / Gallimard, 2004 ; La Maye VI. Tout à coup je ne suis plus seul ! Roman chanté compté, L’Arbalète/Gallimard, 2006 ; La Maye VII. La Maye réfléchit, Le Cri, Bruxelles, 2009 ; Irruption de la Manche, Le Cri, 2014).

Poète de la fluidité (pour reprendre le titre des vingt communications du Colloque organisé à son sujet à l’université de Nice en 2008 par Patrick Quillier), Jacques Darras signe une épopée poétique marchée parlée représentative de la pluralité de sa personnalité. Son anthologie personnelle offre une multitude de départs énergiques commençant au matin de la poésie, -une Aube de promesses palpables, tangibles, éloignée de toute stagnation ou rétroactivité ou introspection nostalgique comme de tout vœu pieu, -une aube de vraies mises en route dans le rythme et le sens de l’émotion concrète du quotidien, de la terre et des fleuves, en une effervescence sonore et de la langue roborative et salutaire. La poésie, explique Jacques Darras, c’est le matin. Lui-même étant un homme du matin, de l’épopée. Une poésie du matin marchée parlée dans la forêt. « Ma poésie est forestière, et maritime, fluviale. » Jacques Darras a façonné son anthologie personnelle avec les paysages de sa vie. Jean Perguet parla de la réception, et de sa propre réception de l’œuvre de Jacques Darras. De cette émotion vive, de cette véritable et comme amoureuse rencontre avec l’œuvre de Jacques Darras. Incontournable. Il est sûr que les auditrices et auditeurs ne contourneront pas l’œuvre de Jacques Darras, sans doute seront-ils d’ailleurs comme des enfants étonnés devant cette œuvre abondante où se distribuent au fil des lectures, des auditions (cf. le CD enregistré avec le comédien Jacques Bonnaffé Jacques Darras. Poésie parlée marchée (éditions Thélème)), des rencontres, les clés d’un monde où se retrouver soi vraiment dans le cours fluide, rapide et efficace, d’une poésie toujours en commencement d’elle-même et de nous dans la vivacité d’une langue en métamorphoses, méta-harmonies, une poésie baroque, nourrie par les affluents d’une culture plurielle en perpétuelles résurgences. Une œuvre vive et souterraine tant il en reste à découvrir des rus encore insoupçonnés, des ruisselets à suivre, des rivières à révéler, au mieux dans les cataractes la vivacité d’une voix qui vous emporte, la voix de Jacques Darras, sa présence, et qui vous laisse vous guider vers des espaces d’existence vibrants et sonores, en mode créativité renouvelable et perpétuelle, perpétrés par le rythme, la sonorité et le sens efficace de mots régénérateurs régénérant notre réel alité.

Cette rencontre à la bibliothèque municipale d’Achères fut un véritable ravissement où se ressourcer, vraiment, une ouverture d’incertain regard, osant la résistance au monde … la confrontation à soi *, osé par l’inauguration d’un entretien captivant l’espace-temps de son auditoire, vraiment. *devise d’incertain regard, titre de la revue de la municipalité d’Achères dans laquelle Jean Perguet tient un journal de lecteurs.

Laissons enfin la parole au poète, par cet extrait de Je sors enfin du Bois de la Gruerie (p.13, éd. Arfuyen ; 2014) :

Poésie : c’est dicter Dictature politique à soi seul S’entraîner à la mer S’entraîner à la vague Aussi précise Qu’onde simple plurielle Se me re- peupler Populaire Foule de soi-même à flottement Fluvial Comme drapeau d’être liquides ensemble Flux Revenant revenu À heure fixe Avant se retirer Mobile horizon de soi-même -pas le môle L’estacade En pierre ferme Le Grand Large Lunaire L’héliocentre Soi-même à soi-même L’excentrement.

© Murielle Compère-Demarcy, 05-06 février 2016.

L’indiscipline de l’eau, anthologie personnelle (1988-2012), JacquesDARRAS, nrf, Poésie / Gallimard ; 2016.

L'indiscipline de l'eau, 2016 ― le poète-essayiste Jacques Darras a composé ici une anthologie avec les paysages de sa vie. Paysages de fluidité, comme le cours de son écriture, déroulés dans la latitude d'un « climat pulmonaire » (« je suis un baryton clair », précise le poète), dans l'indiscipline de l'eau par antinomie élémentaire de complémentarité (si l'on peut chatouiller ainsi l'oxymore) avec le feu, la directivité des flammes. Paysages maritimes et forestiers où le poème « parlemarche » , dont le poème lève les voiles matinales, le poète s'affirmant « un homme du matin », comme de l'épopée. Un homme qui part le matin dans la forêt, avec dans sa besace/gibecière giboyeuse, le poème en marche, en route (à l'instar de celle, ouverte, "Song of the Open Road" dans les Feuilles d'herbe* de Walt Whitman, l'homme de l'espace américain, l'homme du surgissement, du déferlement vocal), comme Jacques Darras est poète de l'espace hexagonal et européen, homme du surgissement, du déferlement vocal en route ouverte vers une poésie forestière, maritime et fluviale courant le poème, marchant le poème, inondant le poème de ses assauts et ricochets taillés dans la pierre intacte du Langage, à édifier sans cesse dans l'inachèvement de l'oeuvre. Jacques Darras est l'homme de la poésie en avant, de la poésie avant tout et en avant, le poème du monde « allant parlant partout allant » dans le flux du "Poème Marché Parlé" « marchant parlant / parlant marchant »...

Cette anthologie personnelle où le poète a rassemblé des paysages de sa vie recréés de 1988 à 2012 par la verve et la virtuosité de son verbe, à l'occasion de la célébration du cinquantenaire de la création de la collection Poésie/Gallimard, est le reflet fidèle du style darrassien. Style qui fuse, percute, soulève, trans-porte, martèle les mots dans une poésie-roman déployant le vers, dans une écriture poétique se reliant à la parole déclamée- une écriture poétique baroque et de l'épopée qui généra on le sait le roman. Car la poésie de Jacques Darras est à lire à voix haute, à entendre, écouter et à dire à voix haute -performance réalisée par le poète lui-même ou heureusement escorté, comme dans son duo avec l'acteur Jacques Bonnafé où la poésie parlée marché se chante aussi et quasiment se slame. Car cette approche et ce mode de diffusion rejoint pleinement et à point, comme une alchimie digne d'une « Métaharmonie » ou d'une « Avance à l'allumage sur moteur de marque alexandrine" -pour reprendre deux titres du recueil-, la poésie de Jacques Darras.

Il fut un temps où les poètes performaient devant la Cour. Puis ce fut, à la Renaissance, avec l'invention de l'imprimerie, l'éclat en insularités plutôt isolées des poètes, vivant, écrivant dès lors comme en une autarcie suffisante de scripteur chacun dans une sorte de tour d'ivoire. Nous passons aujourd'hui, à l'aube du XXIème siècle, à une culture auditive, de plus en plus. « Nous quittons une civilisation oculaire », affirme le poète.

La poésie de Jacques Darras ouvre, à chaque fois une nouvelle aire, un nouveau poème -une écriture épique dans « l'indiscipline » de l'oralité et des idées, menée de front par un poète actif, actuel, un écrivain et un homme des lumières surnommé « le décathlonien de la poésie française » par Claude Guerre, -une écriture épique et baroque, une écriture du matin, inaugurale, toujours, -à l'Aube* dynamisée du Langage. « Je marche », écrit Jacques Darras, « je suis une forêt qui marche / j’ai des cris / j’ai l’univers entier dans mes feuilles / j’ouvre / j’ouvre /intransitivement / j’attends qu’on m’ouvre »...

© Murielle COMPÈRE-DEMARCY

*Cf. « Aube » de Rimbaud, in Illuminations.

 

L'indiscipline de l'eau – œuvres-sources de l'anthologie personnelle

-Les huit chants de La Maye (en réédition au Castor Astral à partir du printemps 2016) : La Maye I (Trois Cailloux ; 1998) ; La Maye II. Le Petit Affluent de la Maye (Le Cri, 1993) ; La Maye IV. Van Eyck et les rivières, dont La Maye, Poème roman (Le Cri, Bruxelles ; 1996) ; La Maye III ou l'Embouchure de la Maye dans les vagues de la Manche (incluant le texte « William Shakespeare sur la falaise de Douvres ») (Le Cri, Bruxelles ; 1999) ; La Maye V (L'Arbalète / Gallimard ; 2004) ; La Maye VI, Tout à coup je ne suis plus seul ! Roman chanté compté (incluant le texte « Boire et chanter »(éd. Gallimard L'Arbalète ; 2006) > réintitulée La Maye rend Laurence Sterne sentimental dans la réédition de 2016 ; La Maye VII (à paraître), La Maye réfléchit (incluant les textes « Bilan d'examen médical préparatoire », « Pieter Brueghel croise Jean-Jacques Rousseau sur l'A1 », « Moi j'aime la Belgique ! » ; La Maye VIII. Le choeur maritime de la Maye (incluant le texte « Irruption de la Manche ») -Début de millénaire mouvementé en poésie (incluant « Avance à l'allumage sur moteur de marque alexandrine »)

"Je sors enfin du Bois de la Gruerie", Jacques Darras, éd. Arfuyen ; 2014. Photographie de couverture : L'ossuaire de la Gruerie, Chantal Delacroix.

"Je sors enfin du Bois de la Gruerie", Jacques Darras, éd. Arfuyen ; 2014. Photographie de couverture : L'ossuaire de la Gruerie, Chantal Delacroix.

"Je sors enfin du Bois de la Gruerie", Jacques Darras

 

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 03.12.14

dans La Une Livres, Les Livres, Poésie, Arfuyen

"Je sors enfin du Bois de la Gruerie", mars 2014, 224 pages, 14 € Ecrivain(s): Jacques Darras

 

Edition: Arfuyen    

 

Mémoire. Individuelle. Collective. Souvenir des disparus, des blessés de la Guerre de 14-18, déroulé sur le parchemin sauvegardé de l’Histoire, des commémorations.

2014, Centenaire du déclenchement de la Grande Guerre.

Départs-bleuets, départs-coquelicots. Centenaire qui ravive les traces, pour que ne se referme sur elles le silence de l’oubli.

Livres qui tentent de restituer cette mémoire.

Livre de Jacques Darras qui le tente, par l’outil-poème.

Ici dans la cadre de l’exposition « 1914 : la mort des poètes », organisée pour la réouverture de la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg (BNU) en octobre 2014 et conçue autour de trois grandes figures de poètes européens morts sur le front durant la guerre de 14-18 : le poète alsacien (considéré alors comme allemand) Ernst Stadler, son ami le poète français Charles Péguy et le poète anglais Wilfred Owen.

Ainsi la voix d’un poète contemporain s’élève, qui eut aussi à sa façon sa Guerre de 14-18, par les blessures – tues ou exprimées, dans tous les cas toujours ouvertes – qu’en rapportèrent les témoignages d’une mémoire familiale conservée/transmise recherchée/racontée. Par bribes décousues, par bribes recousues. Au fil du temps, au fil de l’écoute. Jacques Darras dresse en effet dans "Je sors enfin du Bois de la Gruerie" (éd. Arfuyen, 2014) – en un chant incantatoire/exutoire – la toile travaillée/ravagée par cette guerre qui n’en finit pas de saigner de sa terrifiante Boucherie, de ses saccages, de ses tranchées de boue, dans la mémoire d’une humanité massacrée au combat ; qui n’en finit pas de saigner de ses carnages.

Le poète tente en parallèle de retracer le parcours de sa propre filiation dans ce vaste champ dévasté que fut 14-18, de sonder en direction de ses origines. « A-t-on mesuré la répercussion du vide dans une filiation ? / A-t-on sondé l’écho prolongé d’un silence familial ? ». Se rendant sur les lieux du dernier combat de son grand-père paternel, Édouard Darras, au Bois de la Gruerie situé dans la Meuse entre Reims et Metz, Jacques Darras a levé de ses pas en quête de reconstitution historique & de soi le voile de l’oubli et du silence tombé sur ces combattants du passé.

Grâce à cette quête le poète-historien va pouvoir sortir enfin du Bois de la Gruerie, c’est-à-dire se reconstruire à partir de son terroir original et des ramifications de ses racines, que ces dernières fussent souterraines, recouvertes d’un silence volontaire, ou qu’elles soient aériennes puisque exprimées encore dans le présent en commémoration de chacun(e) de nous. De même grâce à cette quête NOUS allons pouvoir sortir de nos Bois de la Gruerie, c'est-à-dire nous reconstruire, du moins le tenter. En élucidant des trames du passé, en éclairant des instants des fêlures des horreurs trop durs pour n'avoir pu jusque-là qu'aveugler, par trop ou déficience de lumière.

En retrouvant ce que l’amnésie familiale / ce que l’amnésie nationale, indirectement mais pareillement, avait réussi à dissimuler sous la déploration et la mystification – Jacques Darras / le poète / nous-mêmes /sortons du Bois de la Gruerie pour lire au livre entrouvert / de (notre) propre lignée. Mémoire individuelle, collective ; mémoire familiale, nationale – le chant de la Guerre investit notre terre habitée en citoyen / en poète / en artisan / en individualité / en êtres vivants opiniâtrement et résolument tournés vers une traversée en nos vies à hauteur d’humanité.

« Parler la poésie » écrit Jacques Darras dans la Préface d’"Á ciel ouvert" (entretiens avec Yvon Le Men), « c’est quelquefois garder le silence. Se taire ». « (…) parlant peu dans le jour, // m’exprimant sur des hectomètres de phrases ou de vers (…) ». Alors comment parler de la guerre ? Comment parler de la Grande Guerre ? Comment, par quelle parole dire le no man’s land de l’absurdité où l’on envoya se fracasser sur le front tant de vies anonymes et citoyennes, tant de vies humaines, sur une terre atrocement silencieuse – un lieu de massacre sans écoute où seuls éclataient, frappant comme des sourds, en une course éperdue les obus d’une indicible réalité. Indicible ?

Il faut « tout reprendre à 1914 » pour mettre fin à l’amnésie, répond Jacques Darras, pour comprendre l’aujourd’hui, pour penser enfin l’Europe. C’est parce que les leçons de 1914 n’avaient pas été tirées que le pire s’est reproduit en 1939-1945. Cent ans après, le pire peut toujours se reproduire. Dire donc, mettre fin à l’amnésie mais, qu’en dire ? « Qu’est-ce qui fait que nous ne désobéissons pas ou si peu ? / Qu’est-ce qui fait que nous consentons à nous laisser habiller en tueurs ? / Qu’est-ce qui fait que nous acceptons l’uniformité des uniformes ? / Qu’est-ce qui fait que nous avançons fusil à l’épaule notre propre croix mortuaire à la main ? » interroge le poète. Qu’en dire et comment le dire ?

Le poème de Jacques Darras est une marche au cœur de la nuit & du poème, dans le rythme & la démarche d’un appel à retrouver une juste mémoire de cette Grande Guerre.

Jacques Darras tente de restituer ici la parole douloureuse de ces existences gâchées, livrées en pâture à la folie meurtrière des hommes & du pouvoir, entre les mains d’hommes décideurs jetant au sacrifice leur propre progéniture.

Jacques Darras nous parle des différentes postures alors de poètes de l’époque (certains connus voire encensés, d’autres moins connus) face à la Grande Guerre. Des poètes se révélant parfois comme de puissants imposteurs, parfois au contraire poètes d’un engagement, d’un combat physique et d’un courage authentiques, remarquables. Comme le poète-artisan-patriote Apollinaire.

Le poète restitue – de cette plage où remonte et sur la page où monte « cette musique qui nous vient du profond de la création » : de la Vie – le poète Jacques Darras restitue cette page de l’Histoire éclaboussée jusqu’à nous par les obus éclatants de la réalité.

Pour que cent ans après, le pire ne se reproduise pas.

Pour que chacun/chacune d’entre nous n’oublie pas, ni rien ni personne.

N’oublie aucune goutte versée sur le champ de l’Horreur.

Pour que le passé en nous résonne / dans la chair & le cœur du présent / et de chaque personne. De chaque existence / chaque existence humaine.

Parce que là résonne au profond et dans sa pleine vérité la voix du poète : engagée au cœur de la réalité.  

 

Murielle Compère-DEMarcy

Publié sur le site de La Cause Littéraire.
Réseaux Sociaux Vu : 672

Je sors enfin du Bois de la Gruerie, Jacques Darras, éditions Arfuyen ; 2014

 

"Tais-toi Breton !

 La Bêtise enrubannée de mots, péché littéraire gaulois par

excellence !"

s'exclame Jacques Darras dans les premières pages de ce "roman familial ou national", intitulées : Mes remontrances aux fantômes André Breton et Louis Aragon.

 

André Breton, -un imposteur ?

 

Qui ne posta pas les mots

soit

de la poésie

là où

s'effondrait

le "peu de réalité" (mais la vie)

sous les obus mêmes

de la réalité

baignée

durant quatre années

par "le Grand Fleuve Sang."

 

L'indécent (?)

contraste /

décalage

entre

 

"la cogne publicitaire"

tendue en étendard

par le beau-nommé "Surréalisme" (?)

 

&

 

face/contre

 

"La très sordide.

La très mortuaire.

La très populeusement squelettique.

Réalité.

De la plaine militaire."

 

arrosée par le sang

de quatre années

de Grande Guerre.

 

Et quel étendard ?

Sous quel pavillon

naviguaient

ces "riches concepteurs/ingénieurs lexicaux du vingtième siècle"

dits/nommés "surréalistes" ?

 

Sous quel pavillon

naviguaient-ils

-celui d'une Poésie/

battante (?)

combattante (?)

 

réellement combattante ?

réellement battante ?

 

"les riches concepteurs/ ingénieurs lexicaux du vingtième siècle"

semblant (?) affronter par force Poésie

"La très pauvre.

La très sordide.

(...)

La très populeusement squelettique

Réalité.

De la plaine militaire.

(...)

qu'inonda

(...)

quatre années d'en-

Durance.

Le Grand Fleuve Sang."

 

Les mots de Jacques Darras martèlent par bribes syntagmatiques, juxtapositions de groupes nominaux/verbaux

zooms lexicaux d'investigation

-les mots du poète-essayiste martèlent la page vaste champ d'exploration digne d'une quête d'archéologue

cherchant à trouver

dénouer

comprendre

le sens

d'un écart

entre

 

une posture

d'avant-garde

d'un certain

"surréalisme"

 

peuplée de porte-drapeaux

sur un front sans risques

du vacarme-sang

au bout du fusil

protecteur des mots

 

portés savamment/fièrement

habilement

par l'étendard

de

la

Poésie

 

entre

une posture

revendiquée d'avant-garde

d'un dit/bien-nommé

"Surréalisme"

 

&

 

la sordide vraie

Boucherie

Carnier hélas incarné

d'atrocités à terre

sans balles à blanc

que fut

la Grande Guerre

 

Jacques Darras martèle de ses mots en quête d'un sens sur la page

-le sens d'un Non-Sens que constitue toute guerre-

comme martèle le sol

frappe du pied le sol

qui

interroge

s'interroge

ancre

dans le sol

enfonce

insiste

quête l'insondable écart

le sens

de ce qu'il ne comprend pas

 

"Ce que je ne comprends pas.

 A cent ans de distance.

 (M'aiderez-vous à l'entendre ?)

 C'est le contraste croissant

 (Qui ne cesse de crître, cent ans plus tard)

 Entre le mot nouveau "surréalisme"

(...)

Oui, l'invraisemblable écart.

Entre la mirifique fortune du mot.

(...)

"Et la très pauvre.

 (...)

 La très mortuaire.

 (...)

 Réalité.

 De la plaine militaire.

 (...)

 Que baigna

 (...)

 Le Grand Fleuve Sang.

 Par ses veines.

 Humaines.

 Affluentes individuelles."

 

Le martèlement des mots d'une fine précision cisèle dans

le paysage exposé de la page

ponctuée par ses bribes d'investigation

en quête d'un sens

le sens de la Guerre

de la Grande Guerre

sa résonance ses conséquences

sur notre page

page de l'Histoire

 

l'arbre-d'une-vérité

dépouillée de ses apparats

-pseudo-beautés enrubannées-

 

à nu

qui s'élèverait sur un constat

élagué de toute imposture

 

à nu

 

le "surréalisme" -une imposture ?

Surréalistes-figures

d'imposteurs ?

 

Faux

porte-drapeaux

combattant l'Horreur ?

 

Parade

Parade de

poètes de

parade (?)

 

Le poème de Jacques Darras cible une mémoire juste de la Grande Guerre. Et par conséquent restitue la présence authentifiée et authentique (sans posture aucune de s'instituer en tant que telle sous le couvert d'une Supercherie Littéraire, gageure dans une pseudo- posture d'authenticité et d'efficacité affichée, revendiquée) de ceux qui prirent une exacte mesure de celle que l'on continue de nommer "la Grande Guerre" : des écrivains comme Romain Rolland, Zweig et Freud, Erich-Maria Remarque ; des poètes comme Jouve en France, Sassoon ou Owen en Grande-Bretage, Hugo Ball et les dadaïstes en Suisse.

 

© Murielle Compère-Demarcy, 2016.

 

 

 

 

 

 

 

Jacques Darras.

Jacques Darras.

Maye I ?

"Puis-je emprunter les rives de ce petit fleuve côtier qu'est la Maye ?", demande le lecteur ? La Maye chemine jusqu'à la Baie de Somme où elle disparaît dans la mer qui la recouvre à marée montante. Le poème de La Maye, de Jacques Darras, est "une oeuvre musicale et philosophique, alternant textes en prose et textes en vers, unissant l'espace terrestre mesuré aux constellations de la voûte céleste", estime son éditeur. "La Maye célèbre l'eau et la fluidité, l'orientation liquide d'une vie ouverte à l'aléatoire et aux rencontres humaines, le périple qui mène chacun de nous d'une source à la polyphonie des vagues de l'embouchure." Le Castor Astral publie tous les chants pour la première fois dans l'ordre chronologique. Quant à Le Petit Affluent de la Maye est le second chant d'une oeuvre rééditée dans son ordre chronologique pour la première fois. Le livre est accompagné d'un CD, lu par l'auteur.

La Maye, Jacques Darras, éd. Le Castor Astral & In'hui ; 484 p. ; 20 euros.

Le Petit Affluent de la Maye, Autobiographie de l'espèce humaine, Jacques Darras, éd. Le Castor Astral & In'hui ; 213 p. ; 18 euros.

(source : Le Courrier picard, 03/04/2016 ; page "Livres, Disques, Multimédia" p.32).

En sortant du Bois de la Gruerie, l'écrivain Jacques Darras élucide la nuit de ses ancêtres -en l'occurrence de son grand-père paternel, Edouard Darras- en même temps qu'il éclaire ces années d'obscénité meurtrière, la place qu'occupèrent alors des poètes, la poésie, et jette un projecteur retroactif pour nous faire voir avec lui ce que la Grande Guerre continue de laisser parmi nous, dans notre époque, notre actualité, dans nos mentalités. "Il faut "tout reprendre à 1914" pour mettre fin à l'amnésie, pour comprendre l'aujourd'hui, pour penser enfin l'Europe. C'est parce que les leçons de 1914 n'avaient pas été tirées que le pire s'est reproduit en 1939-1945. Cent ans après -le livre de Jacques Darras marque - le pire peut toujours se reproduire. "Qu'est-ce qui fait que nous ne désobéissons pas ou si peu ?/ Qu'est-ce qui fait que nous consentons à nous laisser habiller en tueurs ? / Qu'est-ce qui fait que nous avançons fusil à l'épaule notre propre croix mortuaire à la main ?" (extr. des éditions Arfuyen)

 

Le premier chapitre s'intitule : Mes remontrances aux fantômes André Breton et Louis Aragon. Des "fantômes", écrit J. Darras. 

 

Le soldat-poète-patriote Apollinaire

"Votre pair.

Votre aîné.

Votre maître-pointeur-artilleur en poésie" écrit Jacques Darras à l'adresse des surréalistes.

 

Louis Aragon tint tête en tant qu'ès qualité adjudant-chef médecin auxiliaire

-il tint tête par la poésie à l'ensevelissement ?

Louis, "fantôme" comme André auquel il écrit comme des mots décalés du vacarme assourdissant du charnier de la Guerre la Grande,

l'antithèse au bout du fusil des mots : "Je ne vais pas te parler des horreurs de la guerre.", le 7 juillet 1918

l'échappée à la fleur des questions :"l'Aéroplane ou l'avion est-il un objet permis en art ?, le 24 septembre 1918

à la fleur des assertions : "J'ai fait aujourd'hui ma demande de départ pour le front", ès qualité adjudant-chef médecin auxiliaire, 8 juin 1918

"Je n'en reviens pas du plaisir de crier très haut dans les tranchées", 31 juillet 1918

 

Louis Aragon, compagnie 355e RI durant la Grande Guerre -tint-il tête par la poésie à l'ensevelissement, -vraiment ?

Et la révolution collective est-elle réellement réalisable ?

 

"Louis, je comprends votre en-route vers la Révolution

& vous suis

Sauf votre recherche de la collectivité

Vraie

par simple transfert de foules

Obéissantes

Par grégarité neuve passivement assemblée

Sous l'Idée

Contremaîtresse

D'un Absolu électif prioritaire

Comme si

S'incarnerait

En chaque singulier

Parole poétique définitive faite une fois pour toutes

Polis

Mais ! quelle confusion des temps !

Pourquoi n'avoir pas

Davantage

Oui !

Réfléchi aux risques de transfusion unitaire

Dans l'évaporation

Du corps démocratique ?"

 

Et André Breton ?

Introduction au discours sur le peu de réalité, septembre 1924

Le "peu de réalité" ? La Grande Guerre. Un "peu de réalité" ?

Jacques Darras ne comprend pas l'écart, -nous ne comprenons pas l'écart entre la mirifique fortune du mot "Surréalisme" effectivement & la sordide innommbale réalité de la Grande Guerre vue comme... "le peu de réalité"...

 

"Comment a-t-on pu peut-on encore

 Appeler

 "Peu de réalité"

 Ce dé-peu-plement systématique de la Forêt des Vivants

 Delenda virorum sylva"

 

interroge le poète J. Darras,

l'homme, car il s'agit bien d' un problème plus général d'humanité

 

"Comment a-t-on pu peut-on encore

 Appeler

 "Peu de réalité"

 Ce dépeuplement systématique de la Forêt des Vivants

 Delenda virorum sylva"

 Par fonderies charbonnières

 D'arbres ardennaisement

 Calcifiés

 Momifiés

 Mosellisés

Dans leurs mémoires jurassiques anciennes

pour en forger glaives

Burgondes

Nibelungen

A décapiter l'arborescence séveuse

Arbres rivières conjugués

Irriguant millions plus millions de corps humains

Comment par quel écervèlement mimétique d'amnésie

Guerrière

Osâtes-vous Celtes de la Vieille Ligue

Armorique

Armorisée

Re-légender

Ce "peu de réalité"

En forêts subconscientes

Surréelles

Surrénales

Subreptices

Surrexionnelles

D'arrière-arrière-pays druidiques forestier ?"

 

Les choses sont écrites. Et dites.

 

Jacques Darras dans Je sors enfin du Bois de la Gruerie écrit ce qu'il ne comprend pas ("Ce que je ne comprends pas" : l'écart entre la Beauté littéraire droit devant affichée sur le front de scène de la vie littéraire & la sordide atrocité de la Grande Guerre déroulant pour le coup, elle, la réelle et cruelle réalité des champs de bataille et du territoire

puis exprime son désaccord, répond à ce que fut le comportement  cent ans auparavant de certains hommes de lettres alors sur la scène avant-gardiste littéraire ("comment a-t-on pu appeler "le peu de réalité" (...)" / "Mes forêts contre les tiennes ("forêts de l'inconscient"), Vieux Saxon !" injonctive-t-il à l'adresse de Breton.

 

Ou encore :

 

"Mes forêts contre les tiennes, Vieux Saxon !

Mes noirceurs purifiées par la foudre-filtre du lapsus

Intègreront la poudre explosive de l'humour noir

A désintégrer tes fruitières images tueuses - tes grenades

O Grenadin Grenadier des Toutes Jeunes Grenadines

AZ rougir les eaux des rivières Somme Aisne Meuse......

Mes réarmements étant du rêve nocturne nous te laissons

Volontiers le Jour des Revanches tel Vieux Wagon

A dérouiller symboliquement de la rouille de ses rails

Dans une cavalerie d'aller-retour Sigfried jusqu'à Berlin !"

 

"Fus-tu le Triomphe du Futile poétique sur l'Utile Tutélaire ?"

 

"Fus-tu le Pantin de l'Ecriture Automatique Pendulaire ?"

 

"Fus-tu le Parfait Poète Auxiliaire à nier les Génocides ?"

 

"Fus-tu le marionnettiste des Cavernes Platoniciennes ?"

 

"Fus-tu le Poissonnier qui nous fit prendre la lampe-proie

pour l'ombre ?"

 

Le poète-essayiste Jacques Darras se positionne, prend position, cent ans après le début de la Grande Guerre, en 2014, et s'exprime sur des comportements pour le moins décalés, inappropriés dans les termes de leur manifeste revendiqué (Fus-tu l'Infirme ou l'Infirmier, Breton ? Plus loin : "O l'anesthésie générale par inoculation de l'image / Immunitaire !").

 

Le poète-essayiste Jacques Darras prend position et accuse au final le Prophète imposteur du Surréalisme :

"oui j'accuse le surréalisme de bâclage poético-hospitalier

systématique

par héritage du chef de service Dr. S. Mallarmé

ayant le premier

conseillé de

céder l'initiative aux mots."

Pas de quiproquos, pas de sous-entendus, pas de compromis dans ces Remontrances aux fantômes André Breton et Louis Aragon, qui nomment la Guerre : Guerre, et problème littéraire, problème de littérature : problème plus général d'humanité.

 

© Murielle Compère-DEMarcy, 2016

Jacques Darras

Jacques Darras

Bienvenue Jacques Darras, 2ème Festival de Poésie à Creil, avril 2014.
Bienvenue Jacques Darras, 2ème Festival de Poésie à Creil, avril 2014.
Bienvenue Jacques Darras, 2ème Festival de Poésie à Creil, avril 2014.

Bienvenue Jacques Darras, 2ème Festival de Poésie à Creil, avril 2014.

Bienvenue Jacques Darras (suite).
Bienvenue Jacques Darras (suite).
Bienvenue Jacques Darras (suite).

Bienvenue Jacques Darras (suite).

M©Dĕm. a lu et commenté pour vous :  

 

Le poète Jacques DARRAS (1)

 

Le poète Jacques DARRAS déroule les pages du quotidien au rythme de son Verbe qu’il a tonique / tonifiant / roboratif / convaincant / salutaire (le “Verbe” non entendu ici dans sa connotation religieuse, mais dans la désignation de l’utilisation de l’outil-poème comme formateur & fondateur, participant dans sa totalité du langage-à-l’œuvre à l’écriture du Corpus).

 

Jacques Darras est un poète du Langage et de la Vie entremêlés, dont les mots martelés font rythme & sens / dans un discours cursif d’appui & de Souffle / dans la trame de nos vies journalières & littéraires.

 

Lisez Tout à coup je ne suis plus seul (roman / chanté / compté) éd. Gallimard, coll. L’Arbalète, 2006 –et vous trouverez d’emblée le ton, le style du poète dans le ryhtme éperdu et bien pesé/pensé de sa prose crusive-discursive, dans sa tonalité (re)vivifiante & chatoyante, dans le déroulé encouru de son énergie énergisante (cf. à ce propos et dans le sens littéral et littéraire L’ode au champagne in Tout à coup je ne suis plus seul : quoique à chanter / à boire / à écouter lue de la propre voix vive de l’auteur, c’est mieux !).

 

Le dernier livre demeure dans le rythme darrasien. Roman familial ou national, livre d’hommage rendu à son père par le poète et à sa propre lignée, Je sors enfin du Bois de la Gruerie (éd. Arfuyen, Anne & Gérard Pfister éditeurs ; in Les Cahiers d’Arfuyen, volume 214 de la collection ; Paris-Orbey, 2014) reprend tout, dans le contexte, à 1914 et est défini par l’auteur comme un Poème cursif / discursif.

 

Roman / chanté / compté pour tout à coup je ne suis plus seul,

Poème / cursif / discursif pour Je sors enfin du Bois de la Gruerie

 

On comprend ici l’importance accordée au rythme du Verbe dans l’œuvre du poète.

 

Il faut lire l’œuvre de Jacques Darras à voix haute.

Mieux, en “marchant le Poème”.

En le martelant au rythme de nos humeurs et de nos pas de lecteur, posé sur la route de notre quotidien, ici rehaussé par la vision poétique de Jacques Darras. Posé sur la bande roulante de nos aventures sans aventurisme de découvertes en curiosités reconduites, incessamment comme l’est l’étonnement poétique proche des étonnements frais de l’enfance. Beatnik cartésien ; voyageur sentimental ? En route sans cesse sur la road-movie des émotions et des visons levées par une écriture en marche.

Une vision poétique, dans toute l’acception du terme poétique : une vision créative & créatrice parce que révélatrice de nouveaux regards posés sur le monde ; une vision politique au sens grec du terme, une vision des faits de notre vie citoyenne ; une vision éthique.

 

J’inscris Jacques Darras dans la lignée de ces poètes transmetteurs, passeurs, décrypteurs, déchiffreurs et traducteurs, guides dans les univers pluriels aux cheminements parfois confus suivis par nos existences citoyennes trop préoccupées par l’inessentiel, -existences en perpétuel mouvement et dont les errances naviguent trop au milieu des ombres, rarement vers la lumière, entre lucidité & compromissions, -errances aux vertus éthiques hélas souvent assombries et dénaturées par l’ignorance, la bêtise ou des ambitions d’intérêts éloignées des projets souhaitables à hauteur d’humanité (ndlr).

 

Poète optimiste, Européen convaincu, pacifiste, courant et discourant vite en poète / poète du roman –Jacques Darras est ce poète attachant qui nous donne à (re)trouver nos racines et nous guident vers l’à-venir de nos voyages en cours.

 

A lire :

-Tout à coup je ne suis plus seul, roman/chanté/compté éd. Gallimard, coll. L’Arbalète, 2006

-Je sors enfin du Bois de la Gruerie tout reprendre à 1914, poème cursif / discursif, éd. Arfuyen, 2014

 

                                                                                     M©Dĕm.

                                                                                               (Murielle Compère-DEMarcy)

                                                                                                          29/06/2014

        

Jacques Darras
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