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  "Je suis seul, je mets la fleur de cendre

   dans le verre rempli de noirceur mûrie. Bouche soeur,

   tu prononces un mot qui survit devant les fenêtres,

   et sans un bruit, le long de moi, grimpe ce que je rêvais.

 

 

   Je suis dans la pleine efflorescence de l'heure défleurie

   et mets un gemme de côté pour un oiseau tardif :

   il porte le flocon de neige sur la plume rouge-vie ;

   le grain de glace dans le bec, il arrive par l'été."

 

   Paul CELAN - Pavot et mémoire

"qu'est-ce que la mort

 

 l'oubli de la vitre et tu

 entres dans la matière

 

 

"il et vous et qui poussière

 

 du corps étoffe de moi

 sur personne un peu de noir

 

 quelqu'un est sorti du souffle

 il a mangé mon visage

 

 il est où je suis

 quand je ne suis rien

 

 un sac de ténèbres

 sens dessus dessous"

 

 Bernard Noël - L'ombre du double

"Une grande femme rouge rôdait dans le faubourg,

 suante, échevelée,

 à demie nue dans sa robe de feu,

 serrant contre ses bras

 des seins pesants, couleur de lune.

 Elle criait, le soir.

 Sa voix sonnait comme l'appel des bêtes

 dans la forêt lointaine.

 Et tu rêvais de t'engouffrer entre ses flammes

 dans le désir et la terreur.

 Là, sur sa chair, s'apaiseraient

 les longues fièvres.

 Egaré, tu rêvais de boire sur sa bouche

 le baiser,

 l'âpre poison."

 

Jean JOUBERT, L'éternité de la rose ; décembre 2015, Encres Vives n°449

"Il y a ce qui pourrit, ce qui cède ou s'abandonne

 et peut renaître après une randonnée par l'obscur.

 L'oreille entend, de telle bouche neuve,

 un vocable germer d'une racine que l'on croyait vide.

 Enorme parturition murmurante.

 Les morts, en vérité, ne respirent que par nous,

 donateurs du commun langage, bâtisseurs

 d'édifices que tu conserves dans la gorge.

 Rien qu'en parlant, tu leur rends hommage.

 Ils ne sont que dans cette offrande qu'ils ne reçoivent pas."

 

 André Frenaud, -Nul ne s'égare.

"Celui qui est entré, un soir, dans l'auberge des

 brouillards,

qui s'est couché dans la morne soupente

 entre deux ombres froides

 jamais ne reviendra

 par des sentiers fleuris

 vers le jardin d'amour.

L'hôte invisible n'a laissé

sur la pierre du seuil

qu'un mot indéchiffrable.

Il y a lieu de craindre

les tueurs sournois,

les traîtrises du brigandage.

Ah ! nuit plus que nuit,

parfum de gouffre

et souffle bas d'un spectre.

 

Et l'égaré,

au creux de l'insomnie,

supplie en vain le coq

de convoquer le jour."

 

Jean JOUBERT, L'éternité de la rose, éd. Encres Vives n°449 ; décembre 2015.

 

 

 

 

 

 

La porte du village était restée ouverte

les trousseaux du vent remuaient des chevelures du sang

entendre les codes du toucher digital des roses dévisser les serrures de l'aube

des clés de  l'orage roulait son bruit d'essieu

sous des monstres d'insectes aux jets d'insecticides

Les roues perdaient des mottes de fatigue

des drames de sables aux pierrailles impures

concassées indécrottables

sur la route arythmique

des convois agricoles.

 

Des visages se fermaient

happés dans leur sourire

tombé

sous une chevelure trop lourde.

Des grappes de soleil survivantes

coulaient dans l'oeil-fractale

le dernier vin de vigueur

tourné

depuis l'arrivée des étrangers.

 

L'alphabet perdait ses contours

aux ricochets des salaces rumeurs

dont la maître-corbeau avait fait ses choux gras

depuis

l'arrivée des étrangers.

 

La main ailée de la délation écumait

sur l'épandage putride des futures moissons.

Tout était semé d'avance.

Nétait relayée que la fraîcheur des fleurs de la tranquillité

dans les bauges des miroirs

embourbés dans la nasse de l' humus

aux reflets de limon, des sentes boueuses

où piquait le maître-corbeau

alléché par le parfum de gouffre

des charognes et du souffre

aux becs droits comme l'évent noir éventrant

la peau des ombres basses dans le souffle

bas des spectres.

Tout était

 

iLe soleil

allume les chevaux de l'orage

L'herbe grasse

a les hanches larges du Kent

Le vent donne au bond du renard

la souplesse fauve

du regard prédateur

prêt de mordre

dans la chevelure épaisse

de ce ciel de tête

portant haut la voix

-passé le muret de l'aube

 

L'espoir du petit jour mulotte

corps ramassé au bord

de l'attente

 

Des chiens viennent

manger dans la paume

du premier soleil

Sur la pente des paroles

l'oracle déverse

la retenue silencieuse

qui portera

sur la plaine giboyeuse

les messages de l'averse

-l'aventure aventureuse

chaque saison

à son cycle de roue lumineuse

 

MCDem, Kent, England, May 2016

Je m'appuie tendrement contre la nuit

sur la rampe rouillée

je trouve ma joue, mon épaule

je trouve ma tendresse :

fer et chair.

                                Le reste ondoie, s'effrange

en silence, interroge dedans, dehors

dans l'espace de la nuit, dans l'espace de l'âme :

                                                        est-ce la mort ?

je pose ma main sur le visage

tremblant de la nuit,

enlève un peu de rouille sur ma joue :

 

Mon corps fêlé sans vie c'est quoi ?

 

Mon corps fêlé sans vie c'est quoi ?

Les fourmis n'ont rien à faire dans la neige.

Non, dire, dire, dire est mon corps.

Je l'écris ici : mon corps c'est quoi ?

Les fourmis le portent au hasard,

mot après mot, me transportent.

 

Inger Christensen (1935-2009), "Je m'appuie tendrement contre la nuit", extr. de Lumière

Traduit du danois par Janine et Karl Poulsen

 

André Velter, à propos d'Inger Christensen :

"Si christalline parfois, la poésie d'Inger Christensen n'en est pas moins une célébration alarmée. Dans le mouvement de la vie, et jusque dans ses enchantements, la mort ne cesse de s'acccomplir. Ce n'est pas une ombre en marge de la lumière, plutôt un souffle sombre dans le souffle de l'existence. Certes il y a les arbres, les fruits, le soleil renaissant, les émotions, les surprises, les joies, avec en écho porté l'angoisse, la haine, la peur. Il y a l'amour, et au plus près la menace d'une terre sans amour, sans joie, sans soleil, sans arbres, sans hommes. Cette menace se tient au coeur des choses et des êtres, elle forme leur substance, leur énergie. On sait que sans atome d'hydrogène aucune combinaison vitale n'est possible, alors que ce même atome d'hydrogène renferme en lui la force de tout détruire. Ce qui nous constitue, nous et les fleurs, nous et les oiseaux, nous et les pierres ; ce qui nous constitue peut d'un élan inverse nous réduire, nous destructurer, nous disperser. Le ravissement d'être au monde, le bonheur de sentir et d'aimer ne s'affranchissent jamais absolument des potentialités du massacre. La beauté existe sans être à l'abri de l'horreur. La transparence existe sans être libérée d'un doute obscur. La raison existe sans être tant soit peu dégagée du chaos.

Inger Christensen a publié son premier livre au Danemark dix-sept ans après Hiroshima. Pour elle, l'innocence a vécu. Ont commencé des temps de survivance. Sa parole s'est affermie et affirmée après un long questionnement théorique, après que la composition interne de l'oeuvre a été précisément définie, après que les repères mathématiques, chimiques ou biologiques ont été pris. Il n'y a là nulle volonté de congédier le hasard, mais une manière au contraire de l'enrôler dans une création minutieusement et délicatement pensée. Ainsi, afin de restituer par les mots la texture des organismes vivants, Inger Christensen invente-t-elle une organisation cellulaire du langage. Le corps de ses poèmes devient pareil au corps de l'univers : clair au premier regard et d'une infinie complexité dès qu'il s'agit d'en saisir la loi, les variations, les destinées."

André Velter, in Il pleut des étoiles dans notre lit, Cinq poètes du Grand Nord, éd. Galiimard, coll. nrf ; 2011.

 

 

Toi qui fus le chant de la plaine

La fraîche tentation des blés

L'amande douce des cocardes

Au loin la crête des clochers

O fleur des temps à venir

Fleur du crime

Fleur de sang sur la lèvre épaisse du sillon

Fleur jetée à travers tant et tant de poitrines

Fleur des démolitions

O double végétal des coqs

Cri de la meule

Balafre de clarté au front du petit jour

Fleur ouverte en plein vent

Fenêtre de verdure

Ame du fusillé tournée contre le mur

Soeur Anne des plus hautes tours

Les hommes t'ont nourrie qui dorment sous les pierres

Et de leur longue nuit tu rougis tes paupières

Les morsures de l'eau t'apprennent à souffrir

Tu offres tes cinq plaies pour notre repentir

O fleur je t'ai gardée mes mains et mon visage

Qu'ils servent à jamais pour un meilleur usage

Et que tout mon passé rejaillisse sur toi

Fleur grave fleur des champs béante à son corsage.

VISAGE  OU  PAYSAGE

Licorne qui dansais à la flamme des cages

Avec les horizons tissés à ton usage

Avec tous les sentiers ruisselant sur ton cou

Belle étoffe de sang qui moules mon visage

Est-ce la pluie d'hiver qui perce mes genoux

 

Les norois sont groupés au bord de ma poitrine

Si je lève la main le soleil se dessine

Une source jaillit quand je marque le pas

Et dans mes yeux couverts d'une étrange résine

Passent les voyageurs que tu ne connais pas

 

J'ai ma force dans l'eau qui tremble sous la pierre

Dans le vent qui secoue des sierras de lumière

Dans la glaise dorée où grince l'aviron

Et lorque les cargos glissent sous nos paupières

L'écume ensanglantée m'éclabousse le front

 

Je suis l'homme des bords étincelants du large

Loin des terres mon nom s'inscrit en pleine marge

Mes bras depuis longtemps dont partie du décor

Et je gravis le ciel aussi bien que les barges

De blé lorsuqe la nuit rejaillit sur l'aurore.

 

René Guy CADOU,  "La vie rêvée" in Poésie la vie entière, éd. Seghers ; 2001.

Maurice Blanchard La violente espérance de la poésie

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/blanchard/blanchardmaurice.html

Choix de textes

L’énorme beauté qui va survenir

Les grandes orgues de la destruction, les orages et les vagues de la mer éternellement jeune, voilà l’entrée triomphale de la justice déferlant sur vos châteaux en Espagne bâtis sur le vent, sur la chair et le sang sacré des êtres créés et non créés.

La vermine est au sommet de la tour, les reliques du son et de la lumière ont été jetées au fond de l'abîme ; elles gisent dans la boue du marécage parmi les crapauds mutilés. Ces choses immondes justifient notre présence. Elles ont combattu, horriblement combattu, chacune dans sa noire, intemporelle et humide solitude et nous voici devant notre ouvrage, devant nous-mêmes et non pas le septième jour, mais l'unique, l'immuable, l'éternel premier jour.

 

Déchiré

 

Après chaque moisson, il incendiait les récoltes. Puis, il gravissait le torrent desséché, la seule route de ce pays, tombeau de la patience. C'est la vie aux yeux crevés qui frappe à la porte.

Le récitant ouvrit les bras. Un silence de neige se posa sur les épaules du passé, squelette de chien. Sur la peau du village effondré se dressèrent les quatre murs de la haine.

Les assassins dormaient sur la plage dans l'attente des faillites nouvelles. Insensible aux morsures de la Mort, un nouvel été flambait sur la montagne.

 

 

Noces

 

Il y eut promesse de mariage entre le vent et la neige. La neige et le vent échangèrent leurs anneaux et le navire, ganté de givre, entra lentement dans la cérémonie des amours. Il entra lentement dans la saison des attendrissements.

 

Le bonheur est immobile sur la crème d'un nuage, c'est une lumière qui gèle et qui casse. C'est un buisson de lis avec des serpents violets qui se glissent entre le crépuscule et la mer, qui se glissent dans l'herbe sanglante du crépuscule.

 

Le fouet claque et déchire la neige du premier amour. Le repas du fauve s'achève dans le sang des orchidées.

 

Je lance un coup d’archet

 

La mémoire naquit d'un coup de bâton. Le temple fut profané par ceux qui travaillent avec les mains, par ceux qui travaillent avec les pieds. Et ce fut le matin, et ce fut la nuit pour ceux qui ont faim, pour ceux qui rêvent et pour ceux dont le cœur a ses raisons.

 

Je me sauve. Comprenez-le comme vous voudrez, le miracle est là, derrière la porte. Après la guerre, ce fut la guerre et maintenant c'est la guerre et c'est la lutte impitoyable des crocodiles sous la voûte du cerveau. On déchire dans tous les sens les images de soie et d'or, on rêve de bonté, on marche sur les oiseaux. Et quel silence !

 

 

La poussière, les années

 

Il vit dans les flammes. Il ne se brûle pas, la réalité le protège. Le hasard est son maître, et la mort sa passion. La compassion, c'est la pire injure et vous ne pouvez rien, ni pour lui, ni contre lui. Surtout ne le plaignez pas, il vous tuerait ! Ce fut un enfant abandonné sur un fagot d'épines. Ce fut un adolescent sans espoir et sans lumière. Ce fut une taupe dans son royaume souterrain et la terre lui fut un refuge contre la bassesse du ciel. La cause première des orages c'est le vent qui rend les cavales folles, elles aussi. C'est le vent qui emporte les arbres au paradis. Les arbres, la fleur et la semence. Et les serpents aussi. Ceux qui font que notre cœur éclate.

 

La situation-limite

 

Il est un fruit qui mûrit lentement, très lentement.

 Si lentement que l’arbre meurt avant que le fruit ne mûrisse, avant même qu’il n’ait apaisé la soif du voyageur épuisé. Il s’en faut de peu : un rayon de soleil sur l’eau tremblante du repentir.

 Monsieur l’architecte mesure la porte, les fenêtres, la hauteur des murs et la pente du toit. On honore monsieur l’architecte, on le salue quand il passe dans la rue, le mètre à la main et le derrière au bas du dos, comme tout le monde. Chaque soir un sommeil bien mesuré le supprime.

 Je veille. Mon travail a besoin de l’infini. Oui ! Il me faut, à chaque instant passer par l’infini pour atteindre d’incertaines et transitoires petites choses. C’est mon métier. Bonsoir !

 

 

Que reste-t-il de la flamme ?

 

Il faut d’abord choisir le point exact d’où l’on doit partir. Le reste importe peu.

 Pas la flèche, mais l’oiseau ! Je suis un oiseau aveugle au centre de la Terre et je ne puis choisir mon chemin. Il n’y a pas de chemin.

 C’est en allant rechercher mes désirs enfouis que je me suis perdu. Les arbres s’inclinaient sous la charge invisible du vent qui passe, les arbres se redressaient, vainqueurs une fois encore.

 La joie était dans les yeux, la joie était dans l’alléluia du tremble argenté, ce poète de la forêt dont les mains tour à tour sombres et lumineuses rythment la danse du devenir, l’innocence retrouvée.

 

Balise 83 -

 

 "Nous autres sans patrie. Nous autres étrangers sur la terre étrangère nous sommes chacun dans notre propre asile comme un sanglier apeuré, perdu au centre de la grande ville à l'heure où les chevaux vont boire, à l'heure où les assassins s'éveillent. Mais nous ne dormons pas, nous n'avons pas le droit de dormir: le sommeil serait l'apprentissage de la mort et il faut que nous mourions debout dans l'innocence du devenir".

 

La Liberté ou la mort

 

 

 

 

 

Comment sortir de nos caves ? Grincent les dents gâtées du soupirail qui mange nos mains et nos visages ! que s’entrouve la terre d’Europe comme un ventre de Judas ! Nous voici devenus les entrailles de l’ombre.

 

Ha ! Ha ! Ha ! Quel rire nous secoue quand on n’a plus rien à perdre.

 

Maurice Blanchard

 

La violente espérance de la poésie

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/blanchard/blanchardmaurice.html

(Source : La rivière échappée, François Rannou, via fb)-

Cet air qu'on ne voit pas

 porte un oiseau lointain

 et les graines sans poids

 dont germera demain

 la lisière des bois.

 Oh! le cours de la vie

 entêté vers le bas!

 (Jaccottet, La Semaison. Notes pour un poème)

 

Mais chaque jour, peut-être, on peut reprendre

 le filet déchiré, maille après maille,

 et ce serait, dans l'espace plus haut,

 comme recoudre, astre à astre, la nuit...

 (Jaccottet, Pensées sous les nuages)

 

LES POEMES SONT DES AILES QUI VOUS EMPECHENT DE VOUS EFFONDRER.

 (Carnets, 1960, août)

Parfois prend le miroir

 entre ciel et chambre

 dans ses mains le minime

 soleil terrestre.

 

Et des choses, des noms

 c'est comme si

 les voies, les espérances se rejoignaient

 à même rive.

 

On se prend à rêver

 que les mots ne sont pas

 à l'aval de ce fleuve, fleuve de paix,

 trop pour le monde,

 

Et que parler n'est pas

 trancher l'artère

 de l'agneau qui, confiant,

 suit la parole.

 

Yves Bonnefoy - Les planches courbes

587 Identité ( d'après Mahmoud Darwich ) M.D. Hommage

 

Inscris !

 Je suis Poète

 Le numéro de ma carte : oublié

 Nombre d’enfants : incalculable

 Et les suivants. . . arriveront après, après !

 Et Me voilà prisonnier !

 

Inscris !

 Je suis Poète

 Sans travail comme mes compagnons chômeurs

 Et je suis seul, toujours seul

 Ma galette de pain

 Les vêtements, les carnets de poésie

 Je les tire du béton. . .

 Oh ! je n’irai pas quémander l’aumône aux arbres des forêts

 Je ne me fais pas tout petit au porche de ton Palais de Justice

 Et Me voilà traqué !

 

Inscris !

 Je suis Poète

 Sans nom de famille – je suis mon pseudonyme

 Avec la patience infinie de l'habitant d'un pays où tous

 Vivent sur les cendres de la misère

 Mes racines. . .

 Avant la nuit

 Avant la lumière

 Avant les étoiles

 . . .avant l’éclosion de la vie

 Né de père inconnu. . .

 Fils de fille mère

 Mon grand-père était jardinier du monde – être

 Sans valeur – ni ascendance.

 Ma maison, une ruine du dix-septième siècle

 En chêne et terre battue

 un appentis de ferme monté par les compagnons

 

Voilà qui je suis – cela te plaît-il ?

 Sans nom de famille, je ne suis que mon surnom.

 

Inscris !

 Je suis Poète

 Mes cheveux. . . couleur de cendre

 Mes yeux. . . décolorés

 Signes particuliers :

 Le dénuement

 Et ma paume est serrée sur le Calam

 . . .elle écorche le papier

 La nourriture que je préfère c’est

 Le parfum de liberté

 

Mon adresse :

 Je suis de ces chemins de traverse. . .

 Où les lieu-dit n'ont pas de noms

 Et tous les humains. . . dans le béton comme en campagne

 Aiment la poésie mais ne le disent jamais

 Inscris !

 Je suis Poète

 Et Me voilà fusillé !

 

Inscris

 Que je suis Poète

 Que tu as raflé les valeurs et l'honneur de mes pères

 Et l'air que je respirais

 Moi et tous ensemble

 Tu nous as tout pris hormis

 Pour la survie des esclaves qui suivront

 Les mers, le ciel et la poussière que voici

 Mais votre gouvernement va les saisir aussi

 . . .on le dit !

 

DONC

 

« Inscris !

 En tête du premier feuillet

 Que je n’ai pas de haine pour les hommes

 Que je n’assaille personne mais que

 Si j’ai faim

 Je mange la chair de mon Usurpateur

 Gare ! Gare ! Gare

 À ma fureur ! » Dixit Mahmoud Darwich.

 

©CeeJay.

Maman est un mot

 

Un jour démaillé

 

J’ai écrit au tableau

 

La mère était glacée

 

 

Au lieu de

 

La mer était glacée

 

Faisant une erreur

 

De craie et de consolation

 

 

Tu venais de t’évaporer

 

Allez disons de mourir

 

Dans des bras blancs

 

Ah je recommence

 

Dans des draps blancs

 

 

Pourtant dans ta mère

 

Méditerranée

 

Tu n’étais pas glacée

 

 

 

 

Petit bateau en papier

 

Frétillant à l’opposé

 

De sa prison d’édredons

 

Et de justifications

 

Comblée d’oisillons

 

Et de lits superposés.

 

 

Toi enfin avec moi

 

Quatre épaules

 

Dans l’eau salée

 

 

Cheveux mouillés plaquant

 

Le temps en arrière

 

On riait d’être libres

 

L’espace d’une vague

 

Et d’un coup de soleil

 

Sur nos corps compliqués

 

 CLAIRE KALFON

[Source : première publication dans Le Capital des mots du 05/04/2016]

http://www.le-capital-des-mots.fr/2016/04/le-capital-des-mots-claire-kalfon.html?utm_source=_ob_share&utm_medium=_ob_facebook&utm_campaign=_ob_share_auto

546 l’abandon des puissants.

 

Les mystifications qui bravent l’intelligence

 La fumée de ganja pour apaiser l’invivable

 Les portes fermées au-delà des apparences.

 Fugue telle est l’action

 Fuguer n’est pas fuir

 Mais s’enfuir.

 

Se mettre hors danger

 Loin de l’odeur des frissons

 L’argent a mis à jour la cruauté du monde.

 La réalité de violence

 La négation de la vie sans limite

 Aucune borne.

 

Traîner un réel impossible

 Dans le monde calciné

 L’oubli du paradis.

 La guerre en temps de paix

 L’abandon des puissants

 Et devoir quand même sourire.

 

©CeeJay.

"Il faut revenir en arrière

 Le vent qui mène tout reprend la terre en mains

 On tourne les chemins

 On soulève les pierres

 Les racines du sang déchirent les paupières

 

 C'est plus loin qu'il faut voir

 Par-delà les orages

 Par-delà les oiseaux qui bouclent les villages

 Dans un ruisseau de soie que rien ne peut tarir

 

 Quand le coeur va parler

 Quand tout va repartir

 Quand la peau du soleil glissera sous la porte

 Je serai le premier sur les pas du matin

 

 La voix n'est pas changée

 Le mystère est le même

 L'épaule est retombée sur le bras qui chantait."

 

René Guy Cadou, Cri du coeur, Poésie la vie entière, "Morte-saison" (1940), éd. Seghers ; 2001.

Jean-Claude Crommelinck (alias CeeJay)

 

567 Elle !

 

Cette résistante qui brave tous les interdits

 Cette mère courage qui enfante la vie

 Et la poitrine en avant se donne pour la protéger

 Celle à qui on coupe les mains

 Que l’on décapite

 Que l’on pend haut et court

 La première à souffrir des régimes forts

 À qui l’on bâillonne les mots

 Que l’on cantonne hors commerce

 Sinon pour la vendre, à la criée, comme fille de joie

 On la bafoue et elle fait peur

 Car ses paroles sont de sang

 Et reste dans les cœurs

 De génération en génération

 À jamais emmurées

 Cette résistante offerte

 Nous sauvera si l’on veut bien y croire

 Elle est la poésie !

©CeeJay.

JEAN-CLAUDE CROMMELYNCK

 alias CEE JAY  

Jean-Claude Crommelynck, choix Dana Shishmanian

 

539 Le père, le fils, la source

 

Comme le torrent se jette dans la rivière

 Pour devenir infini et sans bornes

 Je dis ton nom ami lointain

 Pour que je l’écoute raisonner

 Dans l’écho des falaises.

 

 Tu es le père d’un fils, le fils d’un père

 Lui-même est celui de son père.

 Ne vois tu pas que nous sommes tous un

 Et que la vanité n’est pas fertile

 Qu’il te faut être rivière ?

 

 Tu as ouvert la bouche pour parler

 Je ne te l’ai pas permis

 Par amour pour le vrai.

 Souviens-toi de l’abri passager de la mère

 Avant le grand voyage de vie vers la mort.

 

 Quand l’homme marche sur le mur élevé

 Il perd l’équilibre si le doute s’empare de toi

 Redonne sa force à la source.

 Accablé par l’air bouillant rôde autour de ton ombre

 Laisse la poussière courir avec le vent.

 

©CeeJay. 10/09/015.

 

 

532 L’insondable néant

 

Tessons d’amour plantés en pleine chair

 Des éclats d’insultes te criblent le dos.

 Couvert des cicatrices du temps

 Ta peau barrée de blessures fraîches suinte encore.

 Tu te traînes dans cette vie ultra libérale

 De jungles urbaines en centres fermés et de herses en barreaux.

 Chaque pas enfonce plus profond les épines de haine

 Pendant qu’à ton visage se dessèche le crachat des indifférences.

 En secret l’âme en révolte cogne contre les limites du corps

 Où en exil elle est tenue prisonnière.

 Tu dévides dans l’espace l’inutilité qui encombre la vie

 Et ce rien se déverse dans l’insondable néant.

 

 22 mars 2016

©CeeJay.

 J’avais prévu la publication de ce texte pour aujourd'hui depuis des semaines,

 il est une réponse inattendue pleine d'à propos.

 

 

520 Les prophètes sont à venir

 

Les prophètes sont à venir

 Non derrière mais devant nous

 La lenteur inexorable que met l’arbre à pousser

 Est là pour nous donner le sens vital de la durée.

 L’être démuni, l’âme nue et la voix de bois

 Se perd dans les lacis du chergui

 Sur la courbe de l’exil

 Dans le froissement invisible du limon.

 L’impossible est l’accomplissement

 L’écriture surgit depuis l’abîme

 Dans une langue qui met la parole en liberté

 Hors des dédales du labyrinthe.

 Tel un chaman qui opère entre vie et mort

 Le réel nous traverse

 Se gonfle notre cœur farouche

 Tarde à l’Oracle l’imprécation et l’annonce des destinées.

 Il ne faut confier les vers prophétiques

 Qu’aux yeux des vents fougueux

 Qui pénètrent en toutes antres

 Où ils pourront germer et éclore à escient.

 

©CeeJay.

 Poèmes postés sur la page FB du Collectif Francopolis

 Au pied du mur d’enceinte

 tourné vers les pierres

 il a jeté son corps.

 Une tache de lumière glisse sur

 ses épaules.

 Il dort par à-coups au hasard des apnées,

 boulet dans un sommeil gluant.

 La mer souffle et murmure.

 Soudain mû par une lame,

 hirsute il resurgit

 happant l’air

 à grands traits, la gorge

 lacérée par le feu

 des étoiles.

 

 Je le vois.

 Il lance des regards comme aux chiens

 des cailloux.

 

 Jean-Jacques Marimbert. Jour ( éditions Les Carnets du Dessert de Lune)

"notre époque est un enfant abandonné

 A la porte de chaque véritable poète :

 Un enfant qu'on a déposé en sang

 Avec sept balles dans le ventre"

 

(René Depestre)

Cet extrait, ce 20 juillet XV, d'un poème de Keva Apostolova :

 

"Une vie abandonnée, ratée,

 

une vie qui n'a pas compris son état solide ni son état liquide.

 

Les pantalons dans ma tête

 

se marient et divorcent avec moi d'une manière pointilleuse.

 

Je suis au-delà des lisières, on m'a extirpé par les forceps

 

sous les sages phases de la lune.

 

J'ai froid de cette monosexualité.

 

La terre accélère.

 

J'ai un haut le cœur.

 

Mère, où sont mes deux enfants avortés-

 

dans la bassine du ciel ?"

 

Le Poème du jour

Ce 30 juin 2015 de chaleur, un poème à partager de Jean-Pierre Lesieur, poète-éditeur de la revue "Comme en poésie" .

Un seul poème et tout est Présence, malgré l'

 

ABSENCE

 On oublie parfois le sens des mots

 Lot de consolation la parole

 Affiche un seul devenir

 La volonté des enfants du verbe.

 Ailleurs rien le vide sidéral

 Brasse du vent dans l’air absent

 Il fait trop chaud pour lire;

 Les pieds dans la cuisine tu mitonnes

 Un velouté d’arbre à la sentence

 Et tu palabres tranquillement

 Avec l’envoyée des amours.

 Je suis là, seul, avec mon devenir

 Tenant à bout de bras la colère

 Celle qui ne sert jamais les causes

 Trop justes pour être honnêtes.

 Dehors il tombe des adverbes

 Que le mistral emporte au-delà

 Et que personne ne sait retenir

 Dans l’état actuel du progrès.

 Poète inventé par la pénombre

 Le grand soleil effraie mes membres

 Dont je ne sais que faire

 Et je traîne ma marche lente

 De port en port et de taverne

 En chemin de Compostelle.

 Accompagne moi l’ami

 J’ai encore une place

 Dans mon cœur.

 

 

Jean-Pierre Lesieur

(source : page fb publication par J.-P. Lesieur, 30/06/2015).

Solstice d'hiver

rien ce soir

rien au couchant

rien à l'aube

rien ce soir

je m'endors en prose

dans cette trépignation de rage

rien qui soit poésie

dans la poussière collante

qui s'envole

rien qui soit poésie

dans la danse froide des feuilles qui résistent à l'hiver

rien les miroirs secs du gel sur le bitume

ce long soleil oblique que les nuages oublient

pour un quart d'heure

la tiédeur aux fenêtres closes

huit branches de sapin qui s'ennuient dans un vase

un dé à coudre d'alcool blanc

la nuit froide où patientent des enseignes

et cette soif de respirer la neige à pleins bras

ou de mijoter aux boues chaudes

demain peut-être l'eau resurgira

celle qui annule la soif

une espérance de juin

horizons gris ourlés de bleu

rien dans dix ans il y aura encore juin

dans cent ans et dans mille solstice

après solstice après solstice

ce corps lui ne sera plus

parvenu jusqu'au bout de la falaise

tombé dans l'abîme et un peu plus tard dans l'oubli.

Marianne Costa

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