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"Le bruit des abeilles" Cécile Guivarch / Valérie Canat de Chizy ;  éd. La Porte.

"Le bruit des abeilles" Cécile Guivarch / Valérie Canat de Chizy ; éd. La Porte.

Le bruit des abeilles, Cécile Guivarch / Valérie Canat de Chizy, éditions La Porte ; 2014

 

 

Le bruit des abeilles... d'emblée le livret résonne dans l'intitulé de son beau titre.

Résonance estivale ? Essaim de sentiments, dans le vent tourbillonnant des jours, posé sur la page ? Butinages et mots en récolte de miel offerts pour nous, apiculteurs de poèmes et d'une poésie féconde.

 

La citation en exergue de ce délicat opus tout en douceurs de sensibilité, empruntée à l'écrivain Christian Bobin, nous ouvre la voie et condense à point nommé le propos de ce livret co-écrit par Cécile Guivarch et Valéry Canat de Chizy, par ailleurs respectivement animatrice (ou directrice) de rédaction et contributrice du site de création poétique Terre à ciel – Poésie d'aujourd'hui :

 

« Devant toi, rangés dans des silences égaux, / les mots de la soif qui , seuls, désaltèrent. » annonce la citation de Chr. Bobin, extraite de L'enchantement simple).

 

Et ce sont les mots de la soif qui ici surgissent de l'étonnement face au monde, à l'oiseau papillonnant, au premier rayon, aux fleurs, au bruit du vent, à chaque source, chuchotis, chaque feuille du silence en marche---

 

une fleur me regarde

 

le poème se tient là

entre toi et moi

 

comme l'Aube de Rimbaud source de promesses, horizon du lever avant que se fixent les êtres l'état des choses dans le point du jour, une fleur regarde la poète comme pour le poète des Illuminations une première entreprise fut une fleur qui (lui) dit son nom.

 

Cécile Guivarch et Valérie Canat de Chizy nous ouvrent dans ce livret traversé de poésie l'aube du monde, de nous-mêmes, de l'alentour présent dans l'enchantement, cet enchantement simple célébré par le romancier-poète Christian Bobin.

 

L'enchantement -cela-pourrait provenir d'une Gorgée de bière, d'un envol de libellules, d'un peu de rêve, des rivières,... une synesthésie sentimentale et cosmique à l'unisson, en résonance, élève le monde à sa source, dense de son altitude, savoureux sous les papilles, comme un poème au goût de fraises

 

j'imagine le sanglot

du petit hérisson

 

le couinement du

béb renard

 

la quiétude d'une feuille

sur la mousse

 

Le bruit des abeilles c'est un frémissement dans les buissons où les oiseaux gardent le silence

 

c'est se fondre dans l'enchantement -cela- qui s'approche, se glisse dans le murmure de nous vers une réalité façonnée d'air et de mots, de souffle et de songes, -en dormance ou trésor au pied d'un arc-en-ciel puisque se dérobant au silence -enchantement ou solitude- cherchant à les capter dans le chatoiement de ses reflets.

 

c'est l'indéfini qui s'approche,

l'Infini qui se dessine et coule sous la terre comme une résurgence, la rémanence de souvenirs papillonnant sous des paupières de terre à ciel, le grand mouvement de la vie affleurant chaque pas du cœur, chaque rythme perçu, écoulé des battements d'un paysage, de l'eau, d'une terre qui tangue, des yeux -ceux du chat qui se referment pour rêver ou les nôtres qui basculent, -nos yeux dans le bruit des abeilles quand

 

même l'abeille

a un bruit de fleur

 

© Murielle Compère-Demarcy, 26/01/2016

Les éditions La Porte
Les éditions La Porte
Les éditions La Porte
Les éditions La Porte

Les éditions La Porte, dirigées par Yves Perrine, offrent des livrets de poésie, d'art et de littérature. Constituées de 16 pages, ces élégantes plaquettes de couleur ivoire sont cousues main et numérotées à 200 exemplaires. De format 10 X 24 cm les livrets proposent de courts textes de créations poétiques de belle qualité, que le lecteur reçoit par abonnement, à raison de 6 par an.

 

Voici, en guise de mise-en-bouche, un court extrait de La Porte (justement) écrit par le peintre, graveur, poète et essayiste Gérard Titus-Carmel :

 

"

1.

une fois franchie

la porte nous a laissé derrière nous-

et d'un seul pas nous sommes devenus futurs

 

poussant droit dans son mystère

on s'en remet à l'ombre

qui nous attendait alors

 

voici que s'ouvre d'un coup

une épaisseur d'inconnu

encore à fendre" 

 

Titus-Carmel, La Porte ; 2012

 

Cet extrait reflète l'esprit éditorial de cette maison qui accorde à ses auteurs un véritable respect de leur travail, et leur donne le bonheur d'être publié chez un véritable amoureux de la poésie, dénicheur de pépites poétiques et conservant la copie manuscrite de chaque publication : Yves et Monique Perrine conservent en effet dans leurs archives à Laon (siège de cette micro maison d'éditions, un atelier de l'Aisne, en Picardie : Région Nord-Pas de Calais-Picardie) les poèmes écrits à la main qu'ils demandent gracieusement à leurs auteurs après la parution des textes en opus. L'éditeur communique aussi avec ses abonnés par la beauté de cartes-photos faites maison, où l'on retrouve encore le bel esprit et l'investissement réel, vrai, -non exclusivement mercantile-, de l'éditeur. Ce qui n'est pas richesse courante.

La qualité et l'originalité des textes publiés se tiennent sur le seuil de cette exigeance de l'éditeur Yves Perrine, éditeur aussi et en même temps d'une Rencontre vraie entre l'éditeur et l' auteur, d'une reconnaissance de celui-ci pour un travail éditorial respectueux, enrichissant, constructif.

Les auteurs sont fiers d'être publiés par Yves Perrine, aidé dans son travail par Monique Perrine, parce que le travail éditorial est réalisé avec soin, respectueux du travail effectué par l'auteur, parce que lorsqu'ils reçoivent, avec leur publication, l'invitation de l'éditeur à retranscrire sur du beau papier la version manuscrite de leurs textes, les auteurs sont heureux à l'idée d'accomplir cette tâche pour grandir de leurs traces les archives des éditions La Porte.

 

Voici encore quelques extraits d'opus publiés, pour le plaisir et l'invitation à découvrir ces belles publications :

 

"je t'envoie des cartes

de feuilles d'arbres et de mots mêlés

tu les accroches au mur de ta chambre

pour faire à tes rêves un lit de mousse"

 

Cécile Glasman, Une autre manière de ciel ; 2011

 

"(bouche bée

 les lèvres blanchies

 d'attendre

 

 il n'est à subir d'autre durée

 que ce sable

 

 caresant l'os de ton front

 comme une soie

 

 et battant la terre

 au creux de ton ombre)"

 

Titus-Carmel, Le Reste du vent ; 2011

 

 

"elle revient

 

 avec le vent

 et les hirondelles

 

 pousse l'air sur son passage

 je m'écarte de tant de clarté"

 

Cécile Guivarch, Du soleil dans les orteils ; 2013

 

"Et je me lève, c'est la chaleur. La poussière

 Tarde à tomber sur les buissons du bord de la route.

 Le temps charche ses marques. Je compte, mais j'ai perdu

 Les nombres. Les voix qui chuchotent font dans l'ombre

 Comme une clarté bougeante. J'ouvre les bras, je déplie

 Mes jambes. Je me dresse avec peine. Le monde ne m'a jamais paru aussi étroit."

 

Jacques Ancet, Debout, assis, couché ; 2014

 

"le manche du couteau

 tu me dis

 c'est de l'or

 sous son chapeau

 de paille

 un homme sème

 des graines

 de magie

 

 la lame du couteau

 s'enfonce

 dans le pain

 et taille des sifflets

 disparaît

 dans son antre

 et blesse la poche

 du pantalon

 de toile"

 

Clara Regy, Ourlets ; 2015

 

"On se repasse en boucle

 La même histoire

 Cela n'a pas de fin

 Les rêves ressurgissent

 Chaque nuit

 On se demande ce qui

 Finalement prédomine,

 Le présent ou le passé,

 Le passé dans le présent."

 

Valérie Canat de Chizy, La chambre des parents ; 2012

 

"Le ciel ce matin travaille au gros pinceau ses blancs en touches minimalistes

 de bistre / sur toile de fond bleu pâle

 

 Chardonneret picorant sur le tournesol de ma tête à poèmes /

 A l'envers Ou / à contre-soleil

mais jamais

à contre-poèmes"

 

Murielle Compère-Demarcy, Un cri dans le ciel ; 2015

 

"de mon salon sous les pins

 j'observe les moineaux picorer

 le pain du déjeuner et partir

 repus dans les cieux le bec

 blanc de mie en avant transpercer

 l'air en forme de ballon de baudruche

 c'est ainsi que la mélancolie

 naît

 à moitié oiseau

 à moitié neige"

 

Thierry Radière, Juste envie de souligner ; 2015

 

"Elle est

 n'est pas

 ce corps pur composé

 où j'essaie de te dire

 les espaces intriqués

 de langues entre-croisées

 les ponts de signes

 qui s'élancent

 hors du tohu-bohu

 des désirs sur pilotis

 

 elle est ce corps-capharnaüm

 de poubelles et d'îles grecques

 dans une assourdissante fureur

 allègre

 qui transcende les grues

 grignotant inlassablement

 l'horizon"

 

Sabine Huynh, Ville infirme, corps infini ; 2014

 

"Ma main ne vit

 que pour se poser sur toi,

 dans une caresse

 qui serait

 un murmure du satin,

 un aveu

 du satin."

 

Matthieu Gosztola, Klimt, nos rendez-vous viendront comme viendra la neige - "monologue" ; 2015

 

Nous publierons des extraits supplémentaires ultérieurement, pour n'oublier personne et pour continuer de diffuser l'information et promouvoir les éditions La Porte.

 

La poésie diffusée par les éditions La Porte, en général éditée dans la collection "Poésie en voyage", a cette densité limpide, ou cette limpidité dense, qui grandit dans le soleil, la pluie, le temps immanent et perpétuel, des émotions vives telles qu'elles courent ou s'écoulent dans le flux magnétique de nos vies.

La poésie diffusée dans ces livrets rayonne de cette belle attention reconnaissante accordée à ses étincelles, feux de joie ou de détresse, dans tous les cas inflammable à souhait pour un réel et durable  bonheur chaleureux de mots à partager et à vivre ensemble. 

 

Elle diffuse des recueils de poètes confirmés (Andrée Chedid, Hubert Haddad, Bernard Noël, Jean Rousselot, Hélène Cadou, Max Alhau, Gilles Baudry, Antoine Emaz, Jacques Ancet, ...) ou de poésie naissante, à découvrir.

 

Lisons encore quelques extraits :

 

"il dort les mains en l'air pour soulever le ciel

 soutenir ses songes si lourds à porter

 ils impriment un pli au coin de sa lèvre

 je le repasse soigneusement d'un doigt

 le range dans l'armoire à nuages"

 

Amandine Marembert, Il a plus qu'un papillon de nuit ; 2007

 

"dehors arrive tout ce dont on

 peut ensuite discuter, si

 c'est vraiment arrivé

 

 et il doit sûrement en être ainsi.

 

 Maintenant il faut chercher autre chose,

 il faut chercher ailleurs.

 

 Derrière les casseroles, la piste

 des étincelles."

 

Israël Eliraz, Il doit sûrement en être ainsi ; 2008

 

 

Murielle Compère-Demarcy

 

Chaque livret coûte 3,80 euros. Le prix de l'abonnement s'élève à 21 euros pour la réception de 6 numéros / an, port compris pour la France.

Le règlement est à adressé à :

Yves Perrine

215 rue Moïse Bodhuin

02 000 LAON

 

Témoignages

"(...) je voudrais attirer votre attention sur le travail d'éditeur d'Yves Perrine. Car Yves Perrine est un passeur pas comme les autres. Depuis des années, avec son épouse Monique, il plie, assemble et coud des recueils de poésie (...) par la qualité de ses choix éditoriaux et par son enthousiame et sa modestie, Yves Perrine fait honneur à l'édition et à la poésie." Denis Heudré, auteur du livret Intitulé titre aux éditions La Porte, 2011.

"Plusieurs raisons font que nous sommes, chez Terre à ciel, des inconditionnels de cette maison exigeante, sans parler du fait que la plupart d'entre nous sont fiers d'y avoir vu leur travail publié avec soin.

(...) La Porte est un micro-éditeur de poésie assez confidentiel (pas de site web consultable en ligne, les titres sont toutefois référencés par la BnF), mais dont les livres se sont tout de même fait connaître, par le bouche à oreille, grâce à leur qualité. (...)" Sabine Huynh, sur le site de Terre à ciel, le 24 / 06 / 2015.

 

A lire également : Sans, d'Estelle Fenzy ; 2015

"Depuis qu’elle est entrée en écriture, Estelle Fenzy offre ses mots à son père. Père malade — Chut (le monstre dort), Éditions de La Part Commune, 2015 — puis défunt – Sans. Écrire pour  "entrer en résistance" ? Écrire pour exorciser la douleur de l’incompréhensible ? Sans nul doute, mais aussi pour maintenir vivant le lien indéfectible qui lie la poète à ce père — « veilleur de corolles guetteur d’été » — qu’elle chérit et qui s’en est allé." Angèle Paoli

 

"Nul besoin de pleureuses en habit de gala corps tordu dans le cri peine muette dehors dedans à moduler son chant ",

"Reste près de moi", chuchote le père malade.

"Que jamais tu mort ", crie sa fille dans la douleur de le perdre.

 

Ces deux pans de l'écriture où s'accrocher -pour exorciser la douleur et pour garder vivant le lien avec le père, l'enfance, l'originel-, on le retrouve au fil des pages de Sans, avec cette interrogation à la charnière de l'épreuve qui fait sens et relie les différentes étapes du vivre (de/dans) la douleur :

 

"Renoncer à ta mort bricoler la fracture ouverte du vivre impossible à

réduire

 

Le faire sans"

 

Dans un premier temps de ce vivre impossible à réduire, la souffrance s'écrit, prise, noyée dans les nasses ; en écho, en messagère face à un père dont les derniers mots peinent à être prononcés, dont les mots ramifient leurs traces dans le coeur de sa fille  :

 

"Dans ma poitrine leur écho déployé rhizome coeur cogné gorge serrée"

 

Dans un second temps, il faut se souvenir et continuer de porter les traces, les instants, l'amour :

 

"Revenir

 

Non pour lécher la blessure là où le coup ses saignements mais pour

la montagne nourrice gigantesque les plis de sa robe mousse pierre

aiguille

 

Plonger le nez dans le tissu rocheux retrouver cet avant l'érosion

l'enfance pourra-t-elle reprendre et me porter encore d'une aube à

l'autre"

 

Murielle Compère-Demarcy

Tag(s) : #Les éditions La Porte

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