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"S'il existe un pays", Bruno Doucey, éd. B. Doucey
"S'il existe un pays", Bruno Doucey, éd. B. Doucey

"S'il existe un pays", Bruno Doucey, éd. B. Doucey

"Seul le bleu reste" Samaël Steiner, éditions Le Citron Gare ; 2016.

"Seul le bleu reste" Samaël Steiner, éditions Le Citron Gare ; 2016.

Je suis passé parmi vous, Michel MONNEREAU, éd. La Table Ronde ; mars 2016

136 p., 14 euros

 

"Nous sommes / pélerins de vivre entre les lampes et la nuit"

 

"Taire en soi l'enfant qui veut aller dehors voir le soleil de plus près"

 

"en attendant il fallait se vivre / veufs avant que d'être"

 

"Tu sais qu'être deux agrandit le présent"

 

"Ce vingtième recueil (d'un jeune romancier de 68 ans -dont les trois romans sont parus entre 2006 et 2009) propose de splendides élégies quotidiennes et partageables." Philippe Leuckx in La Cause Littéraire, 18.03.16 (http://www.lacauselitteraire.fr/je-suis-passe-parmi-vous-michel-monnereau-2-critiques ).

Solitudes en terrasse, Patrice DELBOURG, éd. Le Castor Astral ; 2016

 

"les gens aux terrasses des grands boulevards / s'empilent comme des vertèbres / les jeunes filles ont des orages plein les poches"

 

"toutes les passsantes ne sont pas des chefs d'oeuvre"

 

"la poésie reste toujours supérieure à la philosophie (...) il y a des textes qu'il faut lire très vite / ainsi qu'on tient un bref équilibre en espadrilles / sur un tas de bûches"

 

"écrire sans être lu / c'est danser dans le noir"

 

Patrice DELBOURG

"C'est le 7 octobre 1949, au petit matin, à l'hôpital de la Pitié, Paris treizième, dans les services du docteur Massepain ou Passegrain, qu'il émigra pour la première fois de lui-même. Péridurale, forceps, double cordon ombilical autour du cou et tout le tintouin. Trois semaines de controverses autour d'une couveuse. On le donna longtemps pour mort. La suite ne fut qu'un long répit. Exister est un plagiat, disait fréquemment un de ses auteurs favoris." écrit-il sur son site.

 

Poète, romancier, critique littéraire et musical, chroniqueur, animateur d'étaeliers d'écriture, lauréat des prix Guillaume-Apollinaire et Max-Jacob, Patrice Delbourg nourrit depuis le milieu des années 1970 une riche oeuvre de "moraliste frondeur". Il a publié une trentaine d'ouvrages.

 

 

 

 

"Depuis les temps immémoriaux, dans toutes les civilisations, dans toutes les cultures, orales ou écrites, il y eut des poètes au sein de la cité. Ils ont toujours fait entendre le diapason de la conscience humaine rendue à sa liberté insolvable, à son audace, à son exigence la plus haute. Quand on n’entend plus ce diapason, c’est bien la cacophonie qui règne, intellectuelle, spirituelle et morale : le symptôme d’un abandon, d’une lâcheté et bientôt d’une défaite. Pour Jean-Pierre Siméon, il est urgent de restituer à notre monde sans boussole la parole des poètes, rebelle à tous les ordres établis. Pas de malentendu : si la poésie n’est pas la panacée, si elle n’offre pas de solutions immédiates, elle n’en est pas moins indispensable, d’urgente nécessité même, parce que chaque poème est l’occasion, pour tous sans exception, de sortir du carcan des conformismes et consensus en tous genres, d’avoir accès à une langue insoumise qui libère les représentations du réel, bref de trouver les voies d’une insurrection de la conscience."

Jean-Pierre SIMÉON, La poésie sauvera le monde ; 2015.

La poésie sauvera le monde, Jean-Pierre Siméon, Le Passeur éditeur ; 2015.

La poésie sauvera le monde, Jean-Pierre Siméon, Le Passeur éditeur ; 2015.

 Ivar Ch’Vavar et Camarades  Cadavre grand m’a raconté :  anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France Coédition Le Corridor bleu et Lurlure, 2015

Ivar Ch’Vavar et Camarades Cadavre grand m’a raconté : anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France Coédition Le Corridor bleu et Lurlure, 2015

mercredi 06 janvier 2016

(Note de lecture) Ivar Ch’Vavar et Camarades, "Cadavre grand m’a raconté : anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France", par Laurent Albarracin

 

Cadavre grand m'a raconté

Pour appréhender un tel objet (plus de 500 pages au format 16 x 23 cm, quelques 90 auteurs, la 3e édition augmentée d’une anthologie qui est bien un choix et donc seulement la partie émergée d’une production littéraire parfois éditée ailleurs), il faut commencer par se demander ce que son concepteur et principal auteur, Ivar Ch’Vavar, entend par cette improbable communauté de fous et de « crétins » tous associés à une hypothétique « Grande Picardie mentale ». Poètes bruts, naïfs, déviants, arriérés, inspirés bizarroïdes et autres freaks de la littérature, ils composent une sorte de périphérie, de marge échappant à l’asphyxiante culture (Dubuffet) et néanmoins à la pointe de la création poétique. Pour les appréhender, il convient surtout de dire que la plupart sont des hétéronymes d’Ivar Ch’Vavar lui-même. Pas tous, et c’est là que ça se complique un peu. Certains auteurs participant à l’anthologie existent bel et bien, sont avérés, connus, ont une œuvre propre et indépendante (quoique souvent liée de près ou de loin à l’amitié de Ch’Vavar ou à ses activités de revuiste). D’autres sont bien des hétéronymes, mais pas ceux de Ch’vavar, des hétéronymes d’auteurs proches donc, voire des hétéronymes d’hétéronymes ? Certains hétéronymes sont en quelque sorte partagés entre les auteurs. Aloÿse Kilky, hétéronyme connu de Louis-François Delisse, n’a-t-il pas été influencé, vampirisé en quelque sorte par Ch’Vavar et les enjeux formels qui étaient les siens à l’époque de la revue Le Jardin Ouvrier, au point qu’on ne sait plus vraiment à qui appartient finalement l’avatar comme coupé en deux ? Et Mauricette Beaussart, interlocutrice de Lucien Suel et présentée par celui-ci dans la notice biographique qui ouvre son chapitre, à qui est-elle ? Difficile de s’y retrouver dans le système héténonymique vavarien.

 

 Bien plus qu’une vaste supercherie littéraire complotée par divers auteurs réels, complices ou embarqués consentants, l’hétéronymie répond à une vraie nécessité de l’œuvre de Ch’Vavar. Ce besoin de décentrement, de foisonnement, cette façon de jeter des parallèles et des transversales entre les parties éclatées d’une même œuvre, c’est une manière de faire monde. L’hétéronymie n’est pas une fantaisie d’auteur, mais bien une fantastique. Une fantastique, c’est-à-dire la création d’un univers où l’Auteur perd la maîtrise de sa création et devient simple créature, où le réel, comme chez un Borges, peut être le reflet de la fiction, sa troublante diffraction, comme si le réel n’était plus que l’amas indiciel d’une surréalité. L’hétéronymie a à voir avec l’aliénation, avec (si le mot existait) l’étrangération. Pas étonnant que les « fous » répertoriés dans cette anthologie sont souvent des déclassés sociaux, parfois des ressortissants étrangers ou des « mulâtres » ; il s’agit pour Ch’Vavar de s’arracher à soi, à son milieu, à la tiédeur académique et bourgeoise où trop souvent la création poétique a son terreau. Il s’agit par ce décentrement, cette excentricité profonde que permet l’hétéronymie, de s’autoriser au (et du) délire verbal pour satisfaire un goût de « l’énorme », du grotesque, de l’obscène. Tout se passe comme si le poète inventait la fiction d’une poésie naïve afin de se permettre des audaces littéraires que personne n’oserait dans la création contemporaine. Et en effet le dispositif fictionnel rend possible bien des inventions formelles, bien des rhétoriques baroques, bien des images et des visions inédites. Le fait est que Ch’Vavar pratique souvent une poésie longue, narrative, à la fois épique et auto-dénigrante : le héros vavarien est un idiot parce qu’il est un forcené du réel. Pratique qui va à l’encontre du bon goût et du sérieux compassé de la poésie d’aujourd’hui. Le « mauvais goût » de Ch’Vavar est, n’en doutons pas, une quête de fraîcheur et d’authenticité. Sa prolixité est le signe du caractère vital de sa création, comme chez les naïfs et les bruts.

 

 Il faudrait étudier chez Ch’Vavar les rapports de l’hétéronymie, du canularesque et du carnavalesque. Si les voix sont multiples, c’est parce qu’elles sont « habitées ». Qui s’invente un fou ne bâillonne plus son fantôme. Qu’est ce que le carnaval en effet sinon le retour des morts conjuré. Un masque de carnaval fonctionne comme une apparition-rétention du mort, au sens où il le fait venir parmi nous et en même temps arrête, empêche sa venue tout à fait. Or ce motif du retour des morts est récurrent dans l’œuvre vavarienne, et visible ici ne serait-ce que dans le titre « Cadavre grand m’a raconté » où l’on entend clairement la présence protectrice et inquiétante des aïeux morts (« les aïeux aux gros yeux », comme ils sont appelés page 263), l’espèce de tradition orale et populaire aussi à quoi le titre renvoie. On se croirait parfois chez Rabelais ou dans certains tableaux de Bosch, de Bruegel ou de James Ensor. La foule hétéronymique est précisément ce qui ouvre la voie à la folie, au carnavalesque, au grotesque, à la scatologie, au sacrilège, au permissif et finalement au sacré. Sans entrer dans des considérations sur les aspects pagano-chamaniques de l’œuvre et ses rapports avec une religion carnavalesque, disons simplement qu’y souffle le grand vent du renversement des catégories habituellement distinctes du bas et du haut, du populaire et du mystique, du profane et du sacré. La foule est folie, et le carnaval (mardi gras) est ce moment festif et magico-religieux où l’esprit venu du ventre (le vent) anime et fait fermenter la pâte du réel. Car le caractère volumineux des livres de Ch’Vavar n’a rien d’anecdotique ou de secondaire, pas plus que son hétéronymie. C’est encore une manière de signifier l’enflure du monde et de le faire éclater, pratiquement, de rire.

 

Laurent Albarracin

 

 Ivar Ch’Vavar et Camarades

Cadavre grand m’a raconté :

 anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France

Coédition Le Corridor bleu et Lurlure, 2015

 522 p., 32 €

 

Poezibao publiera le vendredi 8 janvier des extrait de ce livre dans l’anthologie permanente.

(source : Lettre d'information de la revue "Poezibao", 9 janvier 2016)

"En regard sur Lino de Giuli, Alain Marc, édition 2015 ; 2015.

"En regard sur Lino de Giuli, Alain Marc, édition 2015 ; 2015.

Le Livre du jour
4ème de couverture de la plaquette "Vos discours ne passent plus" de Thierry Radière éditée par la revue Microbe ; septembre 2015.
4ème de couverture de la plaquette "Vos discours ne passent plus" de Thierry Radière éditée par la revue Microbe ; septembre 2015.

4ème de couverture de la plaquette "Vos discours ne passent plus" de Thierry Radière éditée par la revue Microbe ; septembre 2015.

Un cri dans le ciel, Murielle Compère-Demarcy, éditions La Porte ; 2015.

Un cri dans le ciel, Murielle Compère-Demarcy, éditions La Porte ; 2015.

Livret disponible chez Yves Perrine éditions 215, rue Moïse Bodhuin 02000 LAON (3,80 euros le livret)

Le Livre du jour

Le 4ème prix du Livre de haïku décerné par Ploc La lettre du haïku (association 100pour100 haïku) a récompensé Sei HAISEN pour son livre A la rue.

Marcher dans la nuit

sans d’autre but

hamster en cage

Pas facile

la première fois

de fouiller les poubelles

Les abeilles sur le sumac

en laissent-elles

mourir de faim ?

La nuit je me parle

pour ne pas devenir folle

pour ne pas devenir folle

Elle s’arrête

caresser un chat

puis m’ignore

Tag(s) : #Le Livre du jour

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