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La Passe

Edito du numéro 21 :

Rira bien qui rira le dernier

Ça meurt de rire, ça rit de mourir, comme des mouches : dieux (pas tous), hyènes, mouettes et hommes rient à s’en démancher le crachoir. Pour anéantir la raison ? Faire résonner le néant ? Mate donc ces fameux neurones-miroirs qui, habiles à te faire prendre pour l’autre – faut bien rameuter contre la terreur – dégénèrent en carnaval. Tudieu ! Quelle passe renversante que cette contagion qui, tout en faisant de l’oubli de soi et du monde l’arme de la lucidité, œuvre à une altération des identités au nom de la survie ! La poésie est affaire de confuses paroles au sein d’une forme qu’elle hante en la désertant. À une époque de resucée béate, d’imposture de l’apparence et de narcissisme suicidaire où chacun se prend pour Dieu avec Kalach ou selfie, La Passe, discrète mais pugnace, depuis le début revendique la crise d’identité par transfusion poétique : ainsi les noces renouvelées du rire et du tragique, pour une purge des langues. Le rire ne s’abreuve-t-il aux lèvres violettes de l’effroi pour les repeindre en rouge ? L’Homme qui rit de Hugo ou Les Clowns de Fellini incarnent les rires les plus racés et sacrés. Riez vous-même face au miroir : que se passe-t-il ? Exhibition des mâchoires du crâne avec secousse des côtes et fuite par tous les trous : signe d’abandon total, de survivance dans le mythe. Par ici donc, les naufragés du rire ! Les Ah ! et les Snif ! d’abord !

Corps en détresse, carnaval des morts, visions d’apocalypse, journal d’un cadavre, coups de gueules cassées, aphorismes eunuques, mais aussi légende du rire, paroles de fée, marioles de conte, parodie, spectres rieurs et doudoudingues se croisent dans une farandole étrangement armoriée, que traversent tout plein de guêpes, ambassadrices d’un alphabet imaginaire sans fin.

Grand merci à tous les transfuges, fidèles ou de passage, solitaires ou alliés, de ce numéro qui rira bien jusqu’à son dernier pleur.

T. F.

Ce 2 juin 2015, ce texte, ce plaidoyer de Tristan Felix, à partager sans modération :

 

 

T’es pas crevé si tu rêves, alors crève pas

 

La disparition de la poésie, de la langue pensante et critique, de l'art et de la culture en général déroule un tapis rougissant sous les bottes des fascistes et terroristes assimilés qui n'ont jamais sévi que sur un terreau d’appauvrissement, grâce au matraquage d'une pensée unique, à savoir du diktat de la performance devant dieu ou l'argent, ce qui est souvent la même chose. Décapitation, saignée anti-culturelle, aliénation de la vierge pensée et toutes les économies faites sur le dos des pauvres et des classes moyennes ne font que rendre plus puante l'obscénité des paradis fiscaux, des cadeaux exponentiels faits aux despotes des grands groupes financiers. Il n'y a pas de crise économique, il n'y a qu'une crise de la décence civique, de la sagesse (sapientia, le savoir) et de la gratuité si féconde dans tous les processus civilisateurs. Pourquoi s'affoler des exactions commises par Daech à Palmyre puisque c'est ce que le capitalisme déchaîné perpètre dans tous les domaines de l’humanité, de la création et de la libre pensée? Quand les terrorismes se croisent, c'est qu'ils ont les mêmes intérêts : le Dieu Argent. L'obscurantisme continue de nécroser les consciences et la terre, notre humble demeure, a la gueule de plus en plus cramée. Sur les décombres de l’humain, sur les souillures de la beauté comme de la grâce dont il s’est entouré pour donner un sens à l’ineffable de l’existence, la poignée d’obèses financiers qui charcutent à tours de bras n’aura bientôt plus rien à se mettre sous les crocs que sa propre ombre. En attendant, ça crève un peu partout. Les lieux de création dits “confidentiels” le sont beaucoup moins que les conférences secrètes sur les armements stratégiques, le partage des richesses, l’expropriation, les endettements programmés etc. Les poètes, les penseurs, les artistes, les pauvres sont infiniment plus nombreux que les puissants. C’est pourquoi il faudrait les exterminer. En tant qu’artiste et poète invitée dans cette noble maison de la poésie de Saint-Quentin en Yvelines, j’ai vu en direct la soif, la curiosité, la détresse, l’enfance abimée, la frustration, la confusion et le labeur se muer en rivière, en élan, en joie, en responsabilité, en libre-arbitre, en invention et en détente, grâce à l’appropriation des valeurs inaliénables de la création dont toute société participative a urgemment besoin. Qui ne crée pas sent mourir en lui sa créature. Une confidence pour conclure en suspens : j’ai le sentiment que ce massacre organisé de la culture sur toute la planète ne sera pas un détail de l’Histoire.

 

Tristan Felix

"Le difficile est de bien trouver sa place et de retrouver la communication avec soi. Le tout est dans une certaine floculation des choses, dans le rassemblement de toute cette pierrerie mentale autour d'un point qui est justement à trouver.
Et voilà, moi, ce que je pense de la pensée :
CERTAINEMENT L'INSPIRATION EXISTE.
Et il y a un point phosphoreux où toute la réalité se retrouve, mais changée, métamorphosée, -et par quoi ??- un point de magique utilisation des choses. Et je crois aux aérolithes mentaux, à des cosmogonies individuelles."

extr. Le Pèse-Nerfs, Antonin Artaud ((1925).

Tag(s) : #Texte du Jour

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