Texte publié dans "Le sang le soir", Guy Allix, préface de Lucien Noullez, Le Nouvel Athanor, avril 2015.
Ce qui s’efface
à Annie Ernaux
1
Quand tu nais
Tu n’es déjà
Dans ta naissance
Que ce non-sens
2
Tu marches et tu t’effaces
C’est en t’effaçant que tu existes vraiment
C’est en t’effaçant que tu es homme
Et tu t’effaceras un jour à jamais
Tu ne seras plus que cette absence
Ce sans-nom
Ce sans-lieu
Ce sans-Dieu
Ce rien Rien qu’une poussière de passage
Perdue dans l’immensité du temps
3
Tu marches vers le non-là
Ton seul Dieu
Tu marches vers l’absence
Vers la fin ultime et nécessaire
Tu n’as de sens que cette marche insensée
Qui court à ta perte définitive
Tu n’es que ce courage
D’oser marcher d’oser aimer
D’oser rire
Sans nul espoir
4
Tu marches sans trêve
Tu n’es que cette marche
Ce temps qui t’égoutte
Jusqu’à ce puits sans fond
Tu n’es que cette terre un peu
Tu n’es que l’humble
Qui consent
Quand bien même il a peur
A l’humaine mort
Qui le signe et l’absente
5
Et quand tu rends grâce
C’est à la vie seule insensée
Sans rien qui l’excède
Sans rien qui la précède
Que le nécessiteux hasard
6
Et quand tu aimes même
Tu sais qu’il n’en restera rien
Qu’un mortel bonheur
Qu’un pur instant de passage
Que cette goutte de deux noms
Vers d’autres noms
Qui tour à tour s’effaceront aussi
Dans une larme desséchée
Jusqu’à l’ultime contraction
7
Et c’est la vraie force
D’aimer sans autre force
Sans autre espoir
De consacrer l’essentiel du souffle
À l’éphémère
D’aimer vainement
8 Et tu marches encore
Donnant la main à d’autres hommes
De passage
Et vous partagez les pleurs
Et vous partagez les rires
Vous n’êtes que ce présent
Qui s’absentera finalement demain
Quoi que vous fassiez
Quoi que vous puissiez croire
Vous n’êtes pour toujours
Que ce qui s’efface
© Guy Allix, "Le Sang le soir", Le nouvel Athanor, 2015
Guy Allix, né à Douai le 4 juin 1953, est un poète et un écrivain libertaire français.
Egalement critique littéraire et chroniqueur, il collabore aux revues Les Cahiers du Sens et Spered Gouez / L'esprit sauvage.
Il est membre de la SGDL, de l'Association des Ecrivains Bretons et de la Charte des Auteurs et Illustrateurs jeunesse
Pour en savoir plus sur l'artiste :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Allix
Œuvre poétique
La Tête des songes, avec un frontispice d'Aldo Guillaume Turin, collection Présence et regards, éditions de l'Athanor, 1re édition 1974, 2e édition 1975.
La Grande Forge, poème affiche, atelier La Feugraie, 1977.
L'Éveil des forges, avec cinq illustrations d'Aldo Guillaume Turin, éditions de l'Athanor 1976.
Mouvance mes mots, avec une préface de Hubert Juin, éditions Rougerie, 1984.
Fragments des fuites, éditions Rougerie, 1987.
Lèvres de peu suivi de Le Nord avec une préface de Pierre Dhainaut, éditions Rougerie, 1993,(Prix Théophile Gautier 1994)
C'est quand rêve l'heure, Poème-affiche illustré par Janladrou, éditions Motus 1991.
Le Déraciné, éditions René Rougerie, 1997.(Prix Théophile Gautier 1994);
Solitudes, avec une préface de Bernard Noël, éditions Rougerie, 1999
Le poème est mon seul courage, éditions Le Nouvel Athanor, préface de Jean-Luc Maxence, 2004.
Oser l’amour, Atelier du Groutel, tirage limité, 2007.
Oser l'amour (autres extraits), préface de Marie-Josée Christien, Atelier de Groutel, tirage limité, 2010.
Le Nord, atelier de Groutel, tirage limité, 2010.
Correspondances, recueil à deux voix avec Marie-Josée Christien, Les Éditions Sauvages (collection Dialogue), 2011.
Survivre et mourir, éditions Rougerie, 2011
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